L’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire s’impose comme l’un des dossiers les plus sensibles de la gouvernance minière ouest-africaine. Dénoncée dans une tribune libre publiée à Abidjan, l’exploitation clandestine de l’or accapare des richesses considérables au profit de filières souterraines, tout en laissant aux populations un lourd passif environnemental, sanitaire et social. Le phénomène, désormais structuré et transfrontalier, met à l’épreuve la capacité de l’État ivoirien à sécuriser ses ressources stratégiques et à protéger ses territoires ruraux.
Un pillage aurifère aux ramifications régionales
Le secteur aurifère ivoirien connaît depuis une décennie une expansion soutenue, portée par la hausse des cours mondiaux et par l’arrivée d’opérateurs industriels de premier plan. Mais parallèlement à cette production formelle, une économie parallèle s’est solidement installée dans plusieurs régions du pays, notamment dans le Nord, l’Ouest et le Centre. Selon la tribune relayée par la presse ivoirienne, cette activité clandestine échappe à toute traçabilité et prive le Trésor public de recettes fiscales substantielles.
Les réseaux à l’œuvre ne se limitent pas à des orpailleurs isolés. Ils associent des ressortissants étrangers, des intermédiaires locaux et des financiers opérant depuis d’autres capitales sous-régionales. Le métal extrait quitte le territoire par des circuits informels, souvent en direction de plateformes de raffinage situées hors du continent. Cette hémorragie de valeur ajoutée fragilise la stratégie de contenu local que les autorités s’efforcent de promouvoir depuis l’adoption du code minier révisé.
Un coût social et environnemental massif
Au-delà de la perte fiscale, l’orpaillage illégal génère des externalités dévastatrices. Les sites sauvages recourent massivement au mercure et au cyanure, dont les rejets contaminent les cours d’eau, les nappes phréatiques et les sols agricoles. Dans plusieurs zones cacaoyères et vivrières, des exploitations familiales ont été détruites par le creusement anarchique de puits, aggravant l’insécurité alimentaire de communautés déjà vulnérables.
Les conséquences sanitaires sont documentées par les ONG et les autorités locales : intoxications, maladies respiratoires, effondrements de galeries et morts par noyade dans les fosses abandonnées. L’auteur de la tribune insiste sur la dimension humaine d’un désastre trop souvent réduit à sa seule composante économique. Des villages entiers voient leur jeunesse basculer vers ces sites, au détriment de la scolarisation et des activités agricoles traditionnelles qui ont longtemps structuré l’économie rurale ivoirienne.
La question sécuritaire s’invite également dans le débat. Les zones d’orpaillage clandestin attirent une criminalité diffuse, alimentent des conflits fonciers et, dans certaines régions frontalières, offrent un terrain propice aux trafics d’armes et aux mouvements de groupes armés opérant dans le Sahel. La contiguïté avec le Burkina Faso et le Mali, où l’or informel finance parfois des acteurs non étatiques, accentue les inquiétudes des autorités d’Abidjan.
La réponse publique en question
Face à ce phénomène, l’État ivoirien a multiplié les opérations de démantèlement ces dernières années. Des sites ont été fermés, des équipements saisis, et plusieurs procédures judiciaires engagées contre des exploitants clandestins. Le ministère chargé des Mines a également promu la formalisation de l’orpaillage artisanal, avec la délivrance d’autorisations encadrées et la mise en place de coopératives.
Reste que l’ampleur du défi dépasse les moyens mobilisés. La tribune plaide pour une action publique plus vigoureuse, associant renforcement du dispositif répressif, coopération régionale accrue avec les voisins de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et politiques de reconversion économique pour les communautés qui vivent aujourd’hui de cette économie grise. La traçabilité du métal, du site d’extraction aux comptoirs de commercialisation, apparaît comme un chantier prioritaire pour assécher les circuits parallèles.
Le débat soulevé à Abidjan dépasse le seul secteur minier. Il interroge la capacité des États ouest-africains à convertir leurs ressources naturelles en développement partagé, à un moment où la demande mondiale d’or atteint des sommets historiques. Pour la Côte d’Ivoire, deuxième économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’enjeu est autant financier que politique. Selon Abidjan.net.
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