Saraya : 78 dragues détruites par le GARSI 2 sur la Falémé

Aerial view of wooden boats along the Niger River in Bamako, Mali. Busy riverbank activity.Photo : Fatih Turan / Pexels

Dans le département de Saraya, à l’extrême est du Sénégal, 78 dragues utilisées pour l’orpaillage clandestin ont été mises hors d’usage par les éléments du Groupe d’action rapide, surveillance et intervention au Sahel (GARSI 2). L’opération s’est concentrée sur la rive gauche de la Falémé, ce cours d’eau qui matérialise la frontière naturelle avec le Mali voisin et concentre depuis des années une activité minière informelle massive. Le coup de filet illustre la volonté des autorités sénégalaises de reprendre la main sur une zone devenue le symbole d’un désastre écologique annoncé.

Une riposte ciblée contre l’orpaillage sauvage à Saraya

Le déploiement du GARSI 2 dans cette zone reculée de la région de Kédougou n’a rien d’anodin. Cette unité, formée dans le cadre d’un programme européen de renforcement des capacités sécuritaires au Sahel, dispose d’une mobilité et d’un armement adaptés aux terrains difficiles. À Saraya, elle a méthodiquement remonté le lit de la Falémé pour identifier les embarcations motorisées utilisées par les orpailleurs, souvent originaires de pays limitrophes. Chacune de ces dragues aspire quotidiennement des tonnes de sédiments, séparant les paillettes d’or à l’aide de mercure déversé directement dans le fleuve.

La destruction de ces 78 équipements représente un coup dur pour les réseaux qui prospèrent sur la porosité de la frontière sénégalo-malienne. Chaque drague mobilise plusieurs opérateurs et un investissement conséquent, financé la plupart du temps par des bailleurs installés en amont de la filière. En frappant l’outil de production, les autorités visent à assécher l’économie souterraine qui alimente ce trafic. Reste que l’expérience des années passées a montré la capacité de reconstitution rapide de ce parc flottant.

La Falémé, un fleuve à l’agonie

La question environnementale est devenue le principal moteur politique de cette offensive. Les analyses menées ces dernières années sur la Falémé ont documenté une pollution mercurielle alarmante, une turbidité extrême et un effondrement des populations piscicoles. Les riverains, qui dépendaient historiquement du fleuve pour la pêche, la consommation et l’agriculture maraîchère, se retrouvent privés d’une ressource vitale. Plusieurs villages de la région de Kédougou signalent une eau devenue impropre à tout usage domestique.

Le président Bassirou Diomaye Faye avait fait de la préservation de la Falémé un dossier prioritaire dès son arrivée au pouvoir, plaidant pour une coordination transfrontalière avec Bamako. La dégradation ne relève plus du simple enjeu écologique : elle touche à la santé publique, à la sécurité alimentaire et à la stabilité sociale dans une région déjà marquée par la précarité. L’orpaillage artisanal, longtemps toléré comme soupape économique, se transforme aujourd’hui en menace stratégique.

Un signal politique adressé aux réseaux transfrontaliers

L’opération de Saraya intervient dans un contexte régional tendu, où l’or informel finance parfois des circuits parallèles échappant totalement à la fiscalité. Le Sénégal, cinquième producteur africain du métal jaune, cherche à consolider ses recettes officielles tout en assainissant le secteur artisanal. La destruction des dragues envoie un message aux exploitants illégaux comme aux investisseurs discrets qui les financent depuis les capitales sous-régionales.

Sur le terrain, les organisations de la société civile locale saluent la fermeté affichée mais réclament un accompagnement des populations dépendantes de cette activité. Sans alternative économique crédible, les jeunes de Saraya, Kédougou ou Bandafassi continueront de basculer dans l’orpaillage clandestin. Les autorités devront donc articuler la répression avec une offre de reconversion, faute de quoi les dragues détruites seront rapidement remplacées. La coopération avec le Mali, aujourd’hui compliquée par le repositionnement diplomatique de Bamako, apparaît également indispensable pour verrouiller la rive droite du fleuve. Selon Seneweb, l’opération se poursuit sur l’ensemble du linéaire frontalier concerné.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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