Coup d’éclat pour la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). L’arrivée de BGFI Holding Corporation au compartiment A Premium, le 7 mai 2026, fait basculer l’ordre établi de la place financière commune au Cameroun, au Gabon, au Congo, au Tchad, en Guinée équatoriale et en République centrafricaine. La capitalisation du compartiment actions a bondi de 479 milliards FCFA à 1 658 milliards FCFA en une séance, soit une progression supérieure à 246 %. Septième société cotée sur ce segment, la holding gabonaise s’impose d’emblée comme la première valeur de la cote, devant Socapalm reléguée au second rang.
Une IPO qui change l’échelle du marché régional
Le directeur général de la BVMAC, Louis Banga Ntolo, a résumé l’effet d’aubaine d’une formule lapidaire : « BHC fait tripler la capitalisation boursière ». BGFI Holding Corporation pèse désormais 38 % du marché actions, contre 36 % pour Socapalm. La capitalisation flottante, indicateur déterminant pour la liquidité, a elle aussi progressé de 61 %, passant d’environ 70 à 115 milliards FCFA. Ce changement de braquet répond à une faiblesse structurelle longtemps reprochée à la place de Douala : un compartiment actions étriqué, peu profond, et un nombre réduit d’émetteurs.
Pour les autorités de marché, l’opération doit servir de levier macroéconomique. La contribution de la BVMAC au financement des économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pourrait dépasser 5 % du PIB régional, contre 2,4 % à 2,5 % auparavant, selon Louis Banga Ntolo. Un saut significatif pour une zone où le crédit bancaire reste prépondérant et où les marchés de capitaux peinent à drainer l’épargne longue.
Une levée de 45 milliards FCFA et un titre fractionné
L’opération a porté sur 566 568 actions admises à la première cotation et a permis de mobiliser 45,32 milliards FCFA auprès de 7 601 souscripteurs répartis dans 24 pays. La sociologie du tour de table traduit un appétit nouveau des particuliers pour les placements boursiers dans la sous-région, aux côtés d’investisseurs institutionnels venus de la CEMAC, de l’UEMOA, d’Europe, d’Amérique et d’Asie. L’introduction a été pilotée par BGFI Bourse, filiale du groupe.
Pour rendre le titre accessible à l’épargnant moyen, la BVMAC et l’émetteur ont eu recours à un fractionnement, dans le sillage d’une réforme récemment engagée par la place. Une action ancienne a été divisée en neuf nouvelles, ramenant le nombre total de titres BGFI Holding de 1 573 536 à 14 728 385, et le prix unitaire de 89 000 à 10 000 FCFA. Dans une région où la culture boursière demeure embryonnaire, le ticket d’entrée constituait jusqu’ici un frein dirimant pour les investisseurs individuels. Concrètement, la holding parie sur un élargissement de sa base actionnariale et sur une liquidité accrue du titre dans la durée.
BGFI vise quinze pays d’ici 2027
L’émission portait sur l’ouverture de 10 % du capital social par création d’actions nouvelles. L’objectif n’a toutefois pas été pleinement atteint lors de cette première phase. Henri-Claude Oyima, président-directeur général de BGFI Holding Corporation, a indiqué que le groupe poursuivra l’opération au troisième trimestre 2026 pour finaliser l’allocation prévue. Les capitaux levés doivent irriguer les pôles de croissance du groupe, en particulier ses filiales bancaires au Cameroun, en République démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire, au Gabon et en Europe.
Le plan stratégique de la maison-mère du groupe BGFIBank vise une implantation dans quinze pays à l’horizon 2027, contre douze actuellement, ainsi qu’un renforcement de la gouvernance et de la solidité financière. Les fondamentaux affichés à fin 2025 confortent l’argumentaire commercial servi aux investisseurs : 7 390 milliards FCFA de total de bilan, 771 milliards FCFA de capitaux propres, 133 milliards FCFA de résultat net, une rentabilité des fonds propres de 21 % et un ratio de solvabilité de 20 %. Créé en avril 1971 à Libreville, l’établissement s’est hissé au rang des principaux groupes financiers d’Afrique centrale.
Un test de profondeur pour la place de Douala
L’arrivée de BGFI Holding Corporation envoie un signal aux grandes entreprises de la sous-région, encore peu enclines à recourir au marché financier pour financer leur croissance. La BVMAC y gagne en profondeur, en visibilité et en attractivité auprès des émetteurs régionaux. Reste que la performance immédiate ne préjuge pas du succès durable de l’opération. La régularité des échanges, la liquidité effective du titre et la capacité de la place à attirer de nouveaux émetteurs de premier plan constitueront, dans les prochains trimestres, les vrais juges de paix. Selon Investir au Cameroun.
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