La carte mondiale des incendies publiée en temps réel par la NASA peut prêter à confusion. Alors que des mégafeux ravagent actuellement plusieurs régions d’Europe, du Canada ou du bassin méditerranéen, une immense concentration de points rouges apparaît également sur une grande partie de l’Afrique centrale et australe. À première vue, cette représentation pourrait laisser penser que le continent est lui aussi confronté à des incendies géants. La réalité est toutefois bien différente.
Une multitude de petits foyers plutôt que de gigantesques incendies
Les milliers de points détectés par les satellites de la NASA correspondent essentiellement à de nombreux feux de faible superficie allumés volontairement par les populations locales. Ils sont particulièrement visibles en République démocratique du Congo, en Angola, en Zambie, en Tanzanie, au Malawi, au Mozambique ou encore à Madagascar.
Contrairement aux incendies qui touchent actuellement l’Europe occidentale ou le Canada, ces foyers ne résultent généralement pas de phénomènes climatiques extrêmes ou d’accidents. Ils s’inscrivent dans une pratique agricole ancienne : l’agriculture itinérante sur brûlis.
Le principe de l’agriculture sur brûlis
Cette technique consiste à défricher une parcelle de forêt en coupant d’abord la végétation. Les branches, feuilles et autres résidus végétaux sont ensuite laissés sur place pendant plusieurs semaines afin de sécher.
Une fois cette biomasse suffisamment sèche, elle est incendiée de manière contrôlée. Les cendres enrichissent alors naturellement le sol en éléments minéraux, notamment en potasse et en phosphore, permettant aux agriculteurs de cultiver des plantes comme le manioc sans recourir immédiatement à des engrais.
Après quelques années d’exploitation, la parcelle est abandonnée afin de laisser la forêt se régénérer, tandis qu’une nouvelle zone est défrichée selon le même procédé.
Une illusion visuelle sur les cartes satellites
Chaque feu ne couvre généralement qu’une surface limitée, souvent inférieure à un demi-hectare. Toutefois, pendant la saison sèche, des millions de petits foyers sont allumés simultanément à travers plusieurs pays.
Les satellites enregistrent chacun de ces incendies individuellement. Leur accumulation donne alors l’impression d’un immense brasier continu sur les cartes mondiales, alors qu’il s’agit en réalité d’une multitude de feux dispersés sur un territoire très vaste.
Une pratique qui contribue malgré tout à la déforestation
Si ces incendies sont généralement maîtrisés, leurs conséquences environnementales restent importantes.
Avec la croissance démographique et l’augmentation des besoins agricoles, les périodes de jachère permettant à la forêt de se reconstituer deviennent de plus en plus courtes. Les sols s’appauvrissent progressivement, obligeant les agriculteurs à ouvrir de nouvelles parcelles.
Cette dynamique accélère le recul des forêts tropicales, en particulier dans le bassin du Congo.
Selon plusieurs études scientifiques, la République démocratique du Congo a perdu plus de 7,5 millions d’hectares de forêt primaire entre 2002 et 2024. Les données de l’organisation Global Forest Watch montrent même qu’entre 2001 et 2025, le pays a perdu environ 8,1 millions d’hectares de forêts primaires humides, soit plus d’un tiers de l’ensemble de sa perte de couverture forestière sur cette période.
À l’échelle locale, certaines régions sont particulièrement touchées. Dans le territoire de Kamonia, par exemple, près de 900 kilomètres carrés de forêt auraient disparu entre 2018 et 2024.
Un enjeu majeur pour le climat mondial
Le bassin du Congo constitue le deuxième plus vaste massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie. Réparti entre plusieurs pays d’Afrique centrale, il couvre environ 2 millions de kilomètres carrés, dont près de la moitié se situe en République démocratique du Congo.
Cette forêt joue un rôle essentiel dans le stockage du carbone, la préservation de la biodiversité et la régulation du climat mondial. C’est pourquoi elle est souvent qualifiée de « deuxième poumon vert » de la planète.
Conscientes de ces enjeux, les autorités congolaises avaient notamment affirmé, lors de la COP25 en 2019, leur volonté de préserver une part majoritaire de la couverture forestière nationale. Le président Félix Tshisekedi avait alors alerté sur le risque de disparition progressive des forêts si la pression démographique et les besoins énergétiques continuaient d’augmenter au rythme actuel.
Ainsi, si la carte de la NASA donne l’impression que l’Afrique centrale est ravagée par des mégafeux comparables à ceux observés en Europe ou en Amérique du Nord, elle reflète avant tout l’ampleur des pratiques agricoles sur brûlis. Une réalité qui, sans prendre la forme de gigantesques incendies incontrôlés, contribue néanmoins à une déforestation progressive et constitue l’un des principaux défis environnementaux de la région.

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