Cameroun : CAMTEL et CAMWATER portent la moitié de la dette rétrocédée

From below of fiber optic switch with sockets and connected rubber cables on blurred backgroundPhoto : Brett Sayles / Pexels

La dette rétrocédée au Cameroun dessine une géographie très concentrée. À fin juin 2026, l’encours des prêts extérieurs contractés par l’État puis transférés à onze entreprises et établissements publics s’élève à 845,2 milliards de FCFA, soit environ 2,4 % du produit intérieur brut. Ces financements, recensés par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), soutiennent 43 projets déployés principalement dans les télécommunications, l’eau, l’électricité, le logement social et l’agro-industrie. Le stock recule de 3,7 % sur un an et de 2,9 % par rapport à fin mai, mais progresse de 20,2 milliards de FCFA depuis fin mars 2026.

CAMTEL et CAMWATER, deux opérateurs au cœur de la dette rétrocédée

La Cameroon Telecommunications (CAMTEL) domine le portefeuille avec 230,4 milliards de FCFA, soit 27,3 % de l’encours total. Les financements adossés à l’opérateur historique des télécoms ciblent le déploiement du réseau national à haut débit et l’extension du backbone en fibre optique, deux chantiers structurants pour la souveraineté numérique du pays. La Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER) suit avec 194,9 milliards de FCFA, soit 23,1 % du total, principalement fléchés vers l’adduction d’eau potable, la réhabilitation des installations et l’extension des réseaux urbains.

Cumulés, les deux opérateurs concentrent 425,3 milliards de FCFA, soit 50,3 % de l’encours rétrocédé. Cette bipolarité renvoie à l’ampleur des besoins d’investissement dans les infrastructures de base, longtemps sous-capitalisées. Elle traduit aussi la difficulté, pour ces entreprises, à mobiliser des ressources sur les marchés commerciaux sans le sceau de l’État. La rétrocession leur permet de bénéficier de conditions de financement plus favorables, obtenues par le Trésor auprès de bailleurs multilatéraux et bilatéraux.

Électricité et infrastructures complètent le quatuor de tête

La Société nationale de transport de l’électricité (SONATREL) occupe la troisième position avec 134,9 milliards de FCFA, dévolus à la remise à niveau du réseau de transport haute tension. Electricity Development Corporation (EDC) la suit à 112,1 milliards de FCFA, adossés notamment au barrage de Lom Pangar et aux programmes hydroélectriques déployés sur le fleuve Sanaga. Ces quatre entités totalisent 672,3 milliards de FCFA, soit 79,5 % du portefeuille rétrocédé.

Les autres bénéficiaires affichent des encours nettement plus modestes. La Sodecoton porte 27,4 milliards de FCFA, la Cameroon Postal Services (CAMPOST) 17,1 milliards, et la Société immobilière du Cameroun 16,8 milliards. Cette hiérarchie confirme le poids déterminant des grands projets d’infrastructures dans la structure du passif indirect de l’État camerounais.

Un passif souverain distinct de la dette propre des entreprises

Le mécanisme de rétrocession obéit à une logique précise. L’État contracte le prêt en son nom auprès d’un bailleur extérieur, puis transfère les ressources à l’entreprise chargée d’exécuter le projet, dans le cadre d’une convention bilatérale. La CAA classe ces 845,2 milliards de FCFA au sein de la dette extérieure de l’administration centrale, dans la mesure où le Trésor reste l’emprunteur juridique face aux créanciers. Cette catégorie doit être différenciée de la dette contractée directement par les sociétés publiques auprès de banques commerciales, de fournisseurs ou d’autres bailleurs privés.

Les engagements cumulés associés aux 43 projets atteignent 1 574 milliards de FCFA. L’encours en représente 53,7 %, sans que ce ratio puisse s’assimiler à une part restant à rembourser, puisqu’une fraction des enveloppes demeure non tirée. Plusieurs prêts sont par ailleurs libellés en dollars, en euros, en yuans ou en droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international, ce qui expose leur contre-valeur en francs CFA aux fluctuations de change.

Une lecture à nuancer au-delà des variations d’encours

La baisse annuelle de 32,8 milliards de FCFA, par rapport aux 878 milliards enregistrés à fin juin 2025, ne saurait être lue comme la seule mesure des remboursements effectués. L’évolution d’un encours combine amortissements, nouveaux décaissements et effets de change. La progression de 20,2 milliards de FCFA observée entre mars et juin 2026 illustre cette dynamique en apparence contradictoire.

Reste que la longévité des conventions pèse sur la structure du portefeuille. Certains prêts adossés à CAMTEL remontent à 2007, 2009, 2012 et 2015, tandis que plusieurs financements de CAMWATER couvrent la période 2007-2018. La CAA ne détaille pas, entreprise par entreprise, les remboursements semestriels ni les éventuels arriérés vis-à-vis du Trésor. Le stock de 845,2 milliards de FCFA renseigne donc sur l’exposition globale, sans éclairer la qualité individuelle du service de la dette. Selon Investir au Cameroun, cette opacité résiduelle limite l’évaluation fine du risque budgétaire porté par la puissance publique.

Pour aller plus loin

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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