RDC : un dispositif psychologique déployé après l’attaque du parc Upemba

A gorilla relaxing on vibrant green grass with a natural habitat backdrop, showcasing wildlife tranquility.Photo : Jay Brand / Pexels

Dans la province du Haut-Lomami, en République démocratique du Congo, l’attaque qui a visé le quartier général du parc national de l’Upemba continue de marquer durablement les esprits. Un mois après l’assaut conduit par des miliciens, l’urgence n’est plus seulement matérielle ou sécuritaire : elle est aussi psychique. Les éco-gardes rescapés, leurs proches et les agents administratifs présents au moment des faits font l’objet d’un suivi spécifique, destiné à prévenir l’enracinement de troubles post-traumatiques. Cette prise en charge, encore rare dans les aires protégées congolaises, traduit une évolution des pratiques de gestion de crise.

Une attaque qui a frappé le cœur opérationnel du parc Upemba

Classé parmi les plus anciennes aires protégées d’Afrique centrale, le parc Upemba s’étend sur plusieurs centaines de milliers d’hectares et abrite une biodiversité menacée par le braconnage et l’instabilité armée. L’offensive contre son quartier général a frappé un site stratégique, à la fois centre logistique et symbole de la présence de l’État dans une région où plusieurs groupes armés opèrent. Les assaillants, identifiés comme des miliciens actifs dans la zone, ont laissé derrière eux des bâtiments endommagés et des familles endeuillées.

Au-delà du bilan matériel, c’est la chaîne humaine du parc qui a été ébranlée. Les éco-gardes, en première ligne face aux incursions, vivent depuis dans un climat d’insécurité persistante. Beaucoup d’entre eux ont perdu des collègues ou ont été témoins directs de scènes de violence. Les familles, déplacées ou réfugiées dans des localités voisines, doivent reconstruire un quotidien fragilisé par la peur d’un nouvel assaut.

Le soutien psychologique, levier discret de la résilience

Face à ce constat, un dispositif d’accompagnement psychologique a été déployé. Des séances individuelles et collectives sont proposées aux agents et à leurs proches, avec l’appui de spécialistes mobilisés sur place. L’objectif est double : limiter le développement de syndromes de stress post-traumatique et permettre une reprise progressive des activités de surveillance. Les responsables du parc considèrent ce volet comme indispensable à la pérennité même de la mission de conservation.

Cette approche tranche avec les pratiques antérieures, où la prise en charge des éco-gardes se limitait souvent à une indemnisation et à un retour rapide sur le terrain. Plusieurs études menées en Afrique centrale ont pourtant montré que les agents de conservation exposés à des scènes de violence présentent des taux élevés de troubles anxieux, comparables à ceux observés chez certains militaires en opération. La fatigue mentale accumulée pèse sur les capacités opérationnelles et alimente le turnover dans un métier déjà peu attractif.

Un enjeu stratégique pour la conservation et la souveraineté

Au-delà du cas Upemba, la question dépasse la seule santé des agents. La RDC compte plusieurs aires protégées emblématiques, dont les Virunga, Garamba ou Kahuzi-Biega, régulièrement ciblées par des groupes armés ou par des réseaux de braconnage organisés. La capacité de l’État et de ses partenaires à maintenir des effectifs aguerris, motivés et psychologiquement stables conditionne la préservation d’un patrimoine naturel exceptionnel, mais aussi le contrôle territorial dans des zones où l’autorité publique reste contestée.

Pour les autorités congolaises, l’enjeu est également diplomatique et financier. Les bailleurs internationaux, qu’il s’agisse de l’Union européenne, d’agences onusiennes ou de fondations privées engagées dans la conservation, conditionnent de plus en plus leurs appuis à la mise en place de standards de protection du personnel. L’intégration d’un volet santé mentale dans les protocoles post-incident pourrait devenir un critère d’éligibilité aux financements futurs.

Reste que les besoins demeurent considérables. La reconstruction des infrastructures du quartier général, le renforcement des patrouilles et la sécurisation des routes d’accès exigent des moyens que le parc ne peut mobiliser seul. La prise en charge psychologique, aussi salutaire soit-elle, ne dispense pas d’une réponse sécuritaire structurée face à la menace milicienne qui pèse sur le Haut-Lomami. Selon PressAfrik, le suivi des survivants se poursuit plus d’un mois après l’attaque.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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