Des médias américains affirment que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont participé, à plusieurs reprises depuis le début du conflit régional, à des frappes visant l’Iran ou des positions tenues par ses relais. Ces opérations auraient été menées sans communication officielle, ni revendication publique. Une posture qui tranche avec la rhétorique habituelle des belligérants et qui dessine, en creux, une nouvelle doctrine de prudence stratégique au sein du Conseil de coopération du Golfe.
Cette discrétion n’a rien d’anodin. Riyad et Abou Dhabi entretiennent depuis plusieurs années un dialogue prudent avec Téhéran, marqué par la reprise des relations diplomatiques saoudo-iraniennes au printemps 2023 sous médiation chinoise. Reconnaître officiellement des frappes reviendrait à fragiliser ce capital diplomatique patiemment reconstitué, tout en exposant les pétromonarchies à des représailles directes contre leurs infrastructures énergétiques. Le précédent de l’attaque contre les installations d’Aramco à Abqaiq en 2019 reste vivace dans les états-majors du Golfe.
Une doctrine de l’ambiguïté pour préserver le Golfe
Le choix du silence répond à un calcul froid. Les deux puissances sunnites veulent peser militairement sans alimenter la spirale d’un affrontement ouvert qui mettrait à mal leurs trajectoires économiques. La Vision 2030 saoudienne, structurée autour de mégaprojets comme Neom, et l’agenda de diversification émirati ne supportent pas l’hypothèse d’un conflit régional étendu. Tout tir de missile balistique iranien sur un terminal pétrolier ou un hub aérien comme Dubaï enverrait une onde de choc immédiate sur les marchés et sur les capitaux étrangers.
La logique est donc celle d’une coercition discrète. Frapper, oui, mais sans contraindre Téhéran à répliquer publiquement pour sauver la face. Cette grammaire de l’ambiguïté stratégique, longtemps pratiquée par Israël contre les positions iraniennes en Syrie, est désormais reprise par des acteurs du Golfe qui se présentent par ailleurs comme des médiateurs régionaux. Le contraste entre la diplomatie de façade et l’action militaire dissimulée illustre la complexité du jeu mené par les capitales arabes.
Un alignement implicite avec Washington et Israël
Ces opérations supposent une coordination, au moins tacite, avec les États-Unis. Les bases américaines stationnées au Qatar, à Bahreïn, au Koweït et aux Émirats demeurent les pivots de la dissuasion régionale. Une frappe coordonnée sans validation de Washington apparaît hautement improbable, compte tenu de l’imbrication des systèmes de défense aérienne et du partage du renseignement. La question de la couverture politique américaine reste néanmoins ouverte.
L’alignement avec Israël, plus délicat, n’est pas davantage assumé. Les accords d’Abraham signés en 2020 ont normalisé les relations entre l’État hébreu, les Émirats et Bahreïn, mais l’opinion arabe demeure sensible à toute coopération militaire visible avec Tel-Aviv, particulièrement dans le contexte gazaoui. Une participation à des frappes coordonnées contre l’Iran reviendrait à exposer cette convergence sécuritaire au grand jour, ce que Riyad et Abou Dhabi se refusent à faire tant que la guerre à Gaza n’a pas trouvé d’issue politique.
Les limites d’une stratégie du non-dit
Reste que cette doctrine de la frappe sans nom comporte des risques. L’attribution finit souvent par se faire, par fuite, par recoupement satellitaire ou par revendication adverse. Une fois le voile levé, le coût diplomatique pourrait être supérieur à celui d’une assomption initiale et maîtrisée. Téhéran dispose, par ailleurs, de leviers asymétriques pour répondre sans déclencher de guerre conventionnelle : cyberattaques, drones, sabotages maritimes dans le détroit d’Ormuz.
Par ailleurs, la crédibilité régionale de l’Arabie saoudite repose sur sa capacité à incarner une voie médiane entre Téhéran et Tel-Aviv. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a investi un capital politique considérable dans ce positionnement d’arbitre. Une révélation tonitruante de ces frappes secrètes saperait cette posture et compliquerait la médiation saoudienne sur d’autres dossiers, du Yémen au Liban en passant par la Syrie post-Assad.
Concrètement, le Golfe expérimente une nouvelle forme de guerre limitée, où la non-revendication devient un instrument tactique à part entière. Cette opacité assumée brouille la lecture du rapport de force régional et complique l’analyse des chancelleries. Selon France 24 Moyen-Orient.
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