Israël se dirige vers des élections législatives anticipées, au plus tôt à la fin du mois d’août. La coalition gouvernementale dirigée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déposé mercredi soir, devant la Knesset, un projet de loi prévoyant la dissolution du Parlement. Le texte impose la tenue d’un scrutin dans un délai de quatre-vingt-dix jours après son adoption définitive. Un calendrier serré, qui rebat d’emblée les cartes d’une vie politique israélienne en tension permanente depuis le 7 octobre 2023.
L’initiative s’apparente, selon les observateurs, à un sabordage maîtrisé. Depuis vingt-quatre heures, le chef du Likoud apparaissait menacé d’une implosion de sa majorité, minée par l’exaspération croissante des formations ultraorthodoxes. En reprenant la main sur le calendrier de la dissolution, Netanyahu cherche à éviter une chute subie au profit d’un départ qu’il pourra mettre en scène comme un choix stratégique.
La fronde ultraorthodoxe précipite la crise de coalition
Au cœur de la rupture figure le différend sur le service militaire des étudiants des yeshivot. Les partis ultraorthodoxes, piliers historiques des majorités de droite, exigent une législation pérennisant les exemptions accordées à leur électorat. Les arrêts répétés de la Cour suprême et la pression de l’opinion, mobilisée par la prolongation des opérations militaires, ont rendu ce statu quo intenable. Plusieurs ministres issus de ces formations menaçaient de quitter le gouvernement, privant Netanyahu de sa marge de manœuvre parlementaire.
Le Premier ministre dirige depuis fin 2022 la coalition la plus à droite de l’histoire israélienne, assemblage hétéroclite associant son parti, le Likoud, aux formations religieuses séfarades et ashkénazes ainsi qu’à l’extrême droite nationaliste. Cet équilibre, déjà fragile avant la guerre de Gaza, n’a cessé de se dégrader sous l’effet conjugué des affaires judiciaires visant le chef du gouvernement, du débat sur la réforme judiciaire et de l’enlisement militaire.
Un calendrier électoral resserré, fin août au plus tôt
La mécanique parlementaire impose plusieurs lectures du texte de dissolution avant son adoption. Si le processus aboutit dans les prochaines semaines, les Israéliens seront convoqués aux urnes à la toute fin août, voire en septembre. Ce serait le sixième scrutin législatif en moins de six ans, illustration d’une instabilité chronique que la guerre n’a pas suffi à enrayer, malgré l’union nationale affichée durant les premiers mois du conflit.
Dans l’opposition, les principaux dirigeants se positionnent déjà. Yair Lapid, président du parti Yesh Atid et ancien chef du gouvernement, ainsi que Naftali Bennett, qui prépare un retour remarqué, apparaissent dans les sondages comme les figures susceptibles de capitaliser sur l’usure du pouvoir. Plusieurs enquêtes d’opinion publiées ces dernières semaines créditent une éventuelle alliance centriste-libérale d’un avantage significatif sur le bloc Netanyahu, sans pour autant garantir une majorité claire.
Enjeux régionaux et diplomatiques d’un scrutin sous tension
Le rendez-vous électoral interviendra dans un environnement régional bouleversé. La question de la poursuite des opérations à Gaza, celle des otages encore retenus par le Hamas, le dossier de la normalisation avec l’Arabie saoudite et le bras de fer prolongé avec l’Iran constitueront autant de marqueurs de campagne. Les partenaires occidentaux d’Israël, à commencer par Washington, suivront le déroulement du scrutin avec une attention particulière, tant les choix du prochain gouvernement engageront l’architecture sécuritaire du Levant.
Pour Netanyahu, l’enjeu personnel est considérable. Toujours visé par un procès pour corruption, abus de confiance et fraude, il joue avec cette dissolution la possibilité d’un nouveau mandat susceptible de lui offrir un cadre légal protecteur. Ses adversaires, à l’inverse, voient dans le scrutin l’occasion de refermer une séquence politique ouverte en 2009. Reste que la fragmentation persistante du paysage parlementaire israélien laisse planer le risque d’un énième blocage post-électoral, prolongeant l’instabilité plutôt qu’y mettant un terme.
Selon France 24 Moyen-Orient, l’examen du projet de loi de dissolution se poursuivra dans les prochains jours à la Knesset.
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