La bataille pour la vérité dans le dossier Glencore au Cameroun connaît un nouvel épisode. L’avocat Akere Muna, ancien président de Transparency International et ex-candidat à la présidentielle camerounaise, réclame la divulgation officielle de l’identité des bénéficiaires locaux des pots-de-vin versés par le trader suisse. Sa démarche relance un dossier que Yaoundé peine à instruire, alors même que la justice britannique et américaine a documenté avec précision les circuits de corruption mis en place par le négociant genevois entre 2007 et 2018.
Un dossier de corruption transnationale déjà jugé à l’étranger
Glencore, l’un des plus puissants courtiers mondiaux de matières premières, a plaidé coupable en 2022 devant les juridictions américaines et britanniques pour des faits de corruption d’agents publics dans plusieurs pays africains, dont le Cameroun. Le groupe a accepté de verser près de 1,5 milliard de dollars d’amendes pour solder les poursuites engagées par le Département de la justice américain, la Commodity Futures Trading Commission et le Serious Fraud Office britannique. Les enquêteurs ont établi que des millions de dollars avaient été distribués à des responsables de sociétés pétrolières nationales pour obtenir des cargaisons de brut à des conditions préférentielles.
Concernant le volet camerounais, les documents judiciaires évoquent des paiements orchestrés au bénéfice de dirigeants de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et de la Société nationale de raffinage (Sonara). Les montants en cause dépassent, selon les pièces du dossier britannique, plusieurs millions de dollars. Pourtant, quatre ans après la reconnaissance de culpabilité du négociant, aucun nom camerounais n’a été rendu public par les autorités nationales, et aucune procédure judiciaire d’envergure n’a abouti sur le sol camerounais.
Akere Muna, une voix constante contre l’impunité
Akere Muna ne découvre pas ce combat. Depuis la révélation des faits, l’avocat interpelle régulièrement le gouvernement camerounais et les organes de contrôle, en particulier la Commission nationale anti-corruption (CONAC) et le Contrôle supérieur de l’État. Sa demande actuelle porte sur un point précis : la publication officielle de l’identité des ressortissants camerounais qui ont perçu ou facilité les commissions occultes documentées dans les procédures étrangères.
L’ancien bâtonnier estime que le silence des institutions nationales contredit frontalement les engagements pris par Yaoundé dans le cadre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), dont le Cameroun est membre. Il rappelle également que le pays a ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption, laquelle impose la coopération judiciaire et la restitution des avoirs détournés. Pour Akere Muna, l’absence de poursuites internes constitue un signal préoccupant adressé aux investisseurs et aux partenaires techniques et financiers du pays.
Un enjeu de souveraineté et de crédibilité budgétaire
Le dossier dépasse la seule question morale. Le secteur pétrolier camerounais génère une part significative des recettes de l’État, dans un contexte de tension budgétaire aggravée par le service de la dette et par les besoins de financement des programmes sociaux. Chaque cargaison sous-évaluée, chaque commission versée, se traduit mécaniquement par un manque à gagner pour le Trésor public. Les organisations de la société civile évaluent à plusieurs dizaines de millions de dollars le préjudice subi par le Cameroun dans le seul dossier Glencore.
Reste que la restitution des sommes détournées, prévue par les mécanismes internationaux de coopération, suppose une action volontariste des autorités bénéficiaires. Or, à ce jour, aucune demande formelle publiquement documentée n’aurait été adressée par Yaoundé à Londres ou à Washington pour récupérer une partie des amendes collectées. Cette inertie contraste avec la démarche d’autres États africains concernés par le même scandale, à l’image du Nigeria, qui a engagé des discussions bilatérales sur la restitution.
La sortie d’Akere Muna intervient alors que le débat sur la gouvernance des industries extractives revient au premier plan dans plusieurs capitales d’Afrique centrale. En posant publiquement la question des noms, l’avocat cherche à contraindre l’exécutif camerounais à sortir de l’ambiguïté, à un moment où la crédibilité des institutions de contrôle est scrutée par les bailleurs multilatéraux. Selon Financial Afrik, l’avocat entend maintenir la pression jusqu’à obtenir une réponse officielle des autorités compétentes.
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