Comores : le Syndicat national des journalistes renouvelle son bureau

Various microphones setup at a press conference in Kyiv, Ukraine.Photo : Yunus Erdogdu / Pexels

Le Syndicat national des journalistes comoriens (SNJC) a élu un nouveau bureau mercredi 22 avril, à l’issue d’une assemblée générale réunie dans les locaux d’Al-Watwan, principal quotidien public de l’archipel, à Moroni. Le mandat confié à l’équipe entrante court sur deux ans. Pour les professionnels de la presse comorienne, ce renouvellement intervient à un moment délicat, alors que les marges de manœuvre du secteur se sont rétrécies sous l’effet combiné de difficultés économiques et d’un environnement politique tendu.

L’assemblée a remis sur la table un faisceau de chantiers hérités de la précédente mandature. La défense du secret des sources, les conditions matérielles d’exercice du métier, la précarité chronique des rédactions et la qualité du dialogue avec les pouvoirs publics figurent au premier rang des priorités affichées par la nouvelle direction syndicale. Autant de dossiers qui touchent à la fois au droit de la presse et à la viabilité économique d’un écosystème médiatique étroit, structuré autour d’une poignée de titres et de radios.

Un paysage médiatique sous contrainte structurelle

L’archipel comorien compte un nombre restreint de supports professionnels, dont Al-Watwan, des radios privées et publiques, ainsi que quelques plateformes en ligne. Les salaires y demeurent faibles, les conventions collectives peu appliquées et le statut de journaliste reste fragile pour une partie des praticiens. Cette précarité nourrit une dépendance aux annonceurs institutionnels et complique l’émergence d’un journalisme d’investigation autonome.

Le SNJC, qui joue le rôle d’organisation faîtière pour la profession, entend remettre la question sociale au centre de son action. La défense de l’accès à l’information publique, condition première d’un travail journalistique de qualité, fait également partie des revendications récurrentes. Le renouvellement du bureau vise à redonner une voix audible à des rédactions souvent isolées face aux administrations.

Des tensions récurrentes avec les autorités

Les relations entre la presse comorienne et le pouvoir exécutif se sont tendues ces dernières années, sur fond de contestation politique et de restrictions pesant sur certains confrères. Plusieurs épisodes ont mis en lumière la fragilité des garanties offertes aux journalistes dans l’exercice de leur mission, qu’il s’agisse de convocations, d’entraves à la couverture d’événements ou de pressions liées à des enquêtes sensibles. Le syndicat se trouve ainsi dans la position inconfortable de défendre ses adhérents tout en maintenant un canal de dialogue opérationnel avec les institutions.

Le thème du secret des sources, régulièrement brandi, illustre la difficulté à faire prévaloir les standards internationaux dans un cadre juridique local encore incomplet. La profession réclame de longue date un toilettage du dispositif encadrant la presse, afin de mieux articuler liberté d’informer et responsabilité éditoriale. Plusieurs organisations régionales de défense de la presse ont, par le passé, alerté sur la situation aux Comores, sans que des réformes d’ampleur ne soient engagées.

Un mandat de deux ans sous surveillance

La nouvelle équipe du SNJC hérite d’un agenda dense. Au-delà des revendications sociales classiques, elle devra traiter la question de la formation continue, du renouvellement générationnel et de l’intégration des journalistes travaillant pour les médias numériques, dont le poids grandit dans l’accès à l’information. La consolidation financière du syndicat, souvent mise à l’épreuve par le faible niveau des cotisations, constitue un autre point d’attention.

Reste la dimension régionale. Les Comores s’inscrivent dans un environnement ouest-indien où les dynamiques médiatiques varient fortement d’un État à l’autre, de Madagascar aux Seychelles en passant par Maurice. Les échanges entre organisations syndicales de la zone pourraient offrir au SNJC des leviers de plaidoyer supplémentaires, notamment auprès des bailleurs et des instances panafricaines compétentes en matière de liberté de la presse.

Le choix d’organiser l’assemblée générale au siège d’Al-Watwan, symbole du journalisme institutionnel comorien, traduit la volonté d’ancrer ce renouvellement dans une continuité professionnelle. Pour les prochains mois, le baromètre sera double : la capacité du syndicat à obtenir des avancées concrètes sur les conditions de travail, et la tonalité de ses échanges avec les autorités de Moroni. Selon RFI Afrique.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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