Tshisekedi maintient son projet de révision constitutionnelle en RDC

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

En République démocratique du Congo, le débat sur la révision constitutionnelle s’enflamme. Le président Félix Tshisekedi a réaffirmé son intention de modifier la loi fondamentale en s’adressant directement aux Congolais, contournant ainsi la fronde grandissante de l’opposition et d’une partie de la société civile. La perspective d’un troisième mandat plane désormais ouvertement sur Kinshasa, alimentant une polarisation politique inédite depuis la dernière présidentielle.

Un appel au peuple lourd de sous-entendus

Réélu en décembre 2023 pour un second quinquennat, le successeur de Joseph Kabila assume une stratégie qui privilégie le rapport direct avec l’électorat. Ses partisans plaident pour une Constitution écrite par et pour les Congolais, jugeant le texte actuel hérité d’un contexte post-conflit dépassé. La presse kinoise, citée par les médias internationaux, relaie cette ligne avec une insistance particulière sur la légitimité populaire que le chef de l’État entend mobiliser.

L’argument du recours au peuple n’est pas neutre. Il s’inscrit dans une tradition plébiscitaire que plusieurs capitales africaines ont expérimentée ces dernières années, du Tchad au Togo en passant par la Guinée. Cette mécanique, formellement démocratique, pose la question de la liberté du scrutin lorsque l’appareil d’État, les ressources publiques et les médias officiels convergent vers un même objectif. À Kinshasa, l’opposition dénonce déjà un dispositif taillé pour valider une remise à zéro des compteurs présidentiels.

Une opposition fragmentée mais mobilisée

Du côté des contestataires, les figures de Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Denis Mukwege multiplient les mises en garde. Leur argument central tient en une phrase : toucher aux articles verrouillés de la Constitution de 2006, notamment ceux relatifs au nombre et à la durée des mandats présidentiels, reviendrait à briser un pacte politique fondateur. Ces dispositions avaient été pensées comme un rempart contre la tentation autoritaire qui a marqué les décennies Mobutu et Kabila.

La société civile, les Églises catholique et protestante, ainsi que plusieurs barreaux congolais ont également exprimé leurs réserves. Leur crainte ne porte pas seulement sur la personne du président actuel, mais sur le précédent qu’une telle révision créerait pour ses successeurs. Reste que l’opposition peine à converger sur une stratégie unique, oscillant entre boycott, mobilisation de rue et recours juridiques. Cette dispersion offre une marge de manœuvre considérable au camp présidentiel.

Un risque institutionnel aux ramifications régionales

Au-delà du calendrier politique intérieur, la séquence ouverte par Félix Tshisekedi place la RDC dans une zone de turbulences institutionnelles à un moment où le pays affronte déjà la guerre dans l’est, l’avancée du M23 soutenu par Kigali et une crise budgétaire latente. Concrètement, l’attention du sommet de l’État se déporte sur la bataille constitutionnelle alors que la sécurité des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri exige une mobilisation continue.

Les partenaires extérieurs observent avec prudence. Washington, Bruxelles et Paris, qui avaient salué l’alternance pacifique de 2019, redoutent qu’un changement constitutionnel non consensuel n’érode la crédibilité démocratique du Congo et ne complique la coopération sécuritaire en cours. Les bailleurs multilatéraux, du Fonds monétaire international à la Banque mondiale, surveillent quant à eux les répercussions sur la gouvernance des grands programmes miniers et sur la stabilité macroéconomique.

Dans le voisinage immédiat, l’éventualité d’un troisième mandat à Kinshasa nourrit un précédent supplémentaire pour la sous-région des Grands Lacs, déjà éprouvée par les contournements de limites présidentielles au Rwanda, au Burundi et au Congo-Brazzaville. La capacité de l’Union africaine et de la Communauté de développement d’Afrique australe à formuler une position commune apparaîtra déterminante. Pour l’heure, le calendrier précis du référendum n’est pas fixé, mais l’entourage présidentiel laisse entendre qu’il pourrait intervenir avant la fin de l’année. Selon RFI Afrique, le chef de l’État entend bien faire de cette consultation l’épreuve de force politique majeure de son second quinquennat.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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