Gabon : Les opposants refusent de suivre Jean Ping

Jean Gaspard Ntoutoume AyiJean Gaspard Ntoutoume Ayi

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Avec Jean Ping, certains opposants estiment qu’ils tournent en rond depuis deux ans.

Au moment où ses principaux soutiens ont rejoint le gouvernement, nombreux ont décidé de participer aux législatives et locales de 2018, malgré les appels au boycott du leader de la CNR.

Tous boudent les appels au boycott. Comme pour dire, au Gabon, les opposants conçoivent désormais leur avenir sans Jean Ping. Les opposants ont finalement compris peut-être qu’il y a lieu et qu’il est temps de tourner peu à peu la page Jean Ping. Ce qui ne pouvait pas être possible il y a deux ans, presque jour pour jour, Jean Ping parvenait à faire l’union de l’opposition sur son nom pour affronter Ali Bongo Ondimba lors d’une élection présidentielle de 2016 rudement disputée. Depuis là, le front uni de l’opposition gabonaise s’est fissuré sur fond de querelles d’égos et de divergences stratégiques.

L’on ne pouvait pas s’attendre de voir les soutiens de Jean Ping, et non des moindres, faire leur entrée au gouvernement d’Emmanuel Issoze Ngondet III.  Ils sont au nombre de sept au total qui ont décidé de rejoindre le gouvernement. Parmi lesquels figure Michel Menga, le secrétaire général du Rassemblement Héritage et Modernité (RHM), le parti d’Alexandre Barro Chambrier. Bombardé ministre d’Etat chargé de l’Habitat, il a dit vouloir se rendre utile à son pays. Selon lui, la stratégie d’obstruction de l’opposition qui dépeint le Gabon à longueur de journée comme la pire dictature au monde a vécu. Ça ne marche pas. Il faut passer à autre chose.

Michel Menga entre au gouvernement pour être constructif et aider le pays à se développer. Notre ennemi n’est pas Ali Bongo, souligne-t-il, précisant que c’est la mauvaise gouvernance. « Maintenant que nous sommes en fonction, nous avons la capacité de changer les choses », a fait observer sereinement cet homme réputé pour être intransigeant. Un autre soutien issu des rangs de l’opposition, c’est David Mbadinga, fondateur de l’Union des Patriotes Gabonais Loyalistes (UPLG). Il a été récompensé ministre du Commerce et se dit troubler face à la stratégie de plus en plus radicale de l’opposition. « On a pu donner l’impression à un moment donné qu’on était prêt à sacrifier le pays pour faire chuter le pouvoir. Moi, je ne veux pas de ça. Je veux que le Gabon réussisse. Pas dans cinq ans, ni même trois ans, mais aujourd’hui », a-t-il fait remarquer.

Nommé ministre d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur, Moukagni Iwangou, de son côté, affirme que son entrée au gouvernement n’est en rien un renoncement. Dans le contexte actuel, ce n’est pas passer du côté de la majorité. C’est prendre part au pouvoir exécutif. Le leader du parti d’opposition Union et Solidarité (US), un proche de feu Pierre Mamboundou, est désormais très critique à l’endroit de Jean Ping. Il l’a dit en ces termes : « Nous tournions en rond depuis deux ans. Ping et ses amis contestent la réélection d’Ali Bongo Ondimba. Ça ne pouvait pas continuer ainsi. Nous n’allons tout de même pas éternellement nous sacrifier pour les beaux yeux de M. Ping !».

Que va donc faire Jean Ping face à cette rébellion dans son propre camp politique ? L’opinion est divisée. Une frange au sein de l’opposition gabonaise se plait à relever l’âge du commandant à bord : 76 ans d’âge en novembre prochain. Une autre frange a rejoint le gouvernement. Aussi, celle qui a décidé de participer aux élections législatives du 6 octobre prochain alors même que Jean Ping appelle au boycott. Or, les partisans du non-boycott sont bien plus nombreux (RHM, UN, Les Démocrates, etc.) que ceux qui suivent le mot d’ordre de non-participation lancé par Jean Ping et qui se comptent désormais sur les doigts d’une main (Jean Eyeghe Ndong, Fabien Meré et les membres du CNR issus de la diaspora).

Du reste, ce point de vue est partagé au sein de l’Union Nationale, un autre grand parti de l’opposition. Jean Ping ne participera pas aux élections législatives. Il a décidé de les boycotter contrairement à une majorité de partis de l’opposition. Son autorité est éreintée, explique l’un des responsables de l’UN avant de lâcher : « Ping sera invisible lors de ce combat électoral. C’est pourquoi il doit passer la main à ceux qui ont choisi de se battre et qui occuperont le devant de la scène durant les prochaines semaines. » Des propos qui ne souffrent d’aucune ambiguïté. La course au leadership au sein de l’opposition gabonaise est bel et bien lancée.

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Tambwe
Willy Tambwe, chroniqueur et éditorialiste pour Africtelegraph.

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