Cameroun : la production pétrolière et gazière chutera de 24,6% en 2027

Offshore oil platform in urban harbor, showcasing industrial scenery and oceanic platform structure.Photo : Paul Uchechukwu / Pexels

La production pétrolière et gazière du Cameroun s’apprête à traverser une année 2027 particulièrement rude. Le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) à moyen terme 2027-2029, préparé par le ministère des Finances (Minfi) en amont du Débat d’orientation budgétaire à l’Assemblée nationale, anticipe une chute de 24,6% de l’activité sur l’exercice. Le repli s’expliquerait, selon le document, par la baisse conjuguée des huiles brutes et, plus fortement encore, du gaz naturel. Une perspective qui traduit l’entrée du secteur des hydrocarbures camerounais dans une zone de turbulence assumée par les pouvoirs publics.

Le départ du Hilli Episeyo, choc annoncé pour la filière gazière

Au cœur de ce décrochage figure le retrait programmé du Hilli Episeyo. Cette unité flottante de liquéfaction, exploitée au large de Kribi depuis 2018, doit quitter les eaux camerounaises en juillet 2026, après huit années d’activité. Le bateau-usine, propriété de l’armateur norvégien Golar LNG, constitue à ce jour la seule infrastructure permettant au pays d’exporter du gaz naturel liquéfié (GNL). Son départ met un terme à une coopération tripartite associant Golar, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et le groupe français Perenco, premier producteur pétrolier du pays, sur les champs gaziers de Sanaga Sud et Ebome.

La perte n’est pas anodine. Initialement dimensionnée à 1,2 million de tonnes par an, la capacité annuelle du Hilli Episeyo avait été portée à 1,4 million de tonnes à partir de 2022. C’est cette contribution qui fera défaut à la balance commerciale camerounaise dès la seconde moitié de 2026, avec un effet plein visible dans les comptes de 2027. Yaoundé perd, au moins temporairement, son ticket d’entrée dans le club restreint des exportateurs africains de GNL, un statut acquis en 2018 et devenu emblématique de la diversification énergétique du pays.

Neuf blocs remis sur le marché pour préparer l’après-2028

Le gouvernement n’entend pas s’accommoder durablement de cette contraction. Le DPEB projette un rebond de 14,9% en 2028, puis de 18,1% en 2029, adossé à l’entrée en production de nouveaux champs pétroliers et gaziers. Concrètement, l’exécutif mise sur le renouvellement du portefeuille amont pour compenser l’épuisement des gisements historiques du bassin de Rio del Rey et de la zone Douala/Kribi-Campo.

Cette stratégie s’est traduite, dès le 1er août 2025, par le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt international portant sur neuf blocs d’exploration et de production. Dans un communiqué diffusé le 24 avril 2026, la SNH indique que cinq d’entre eux ont d’ores et déjà été attribués en vue de la négociation de contrats de partage de production. Le bloc Bolongo, situé dans le bassin de Rio del Rey, revient à Octavia Energy Corporation Limited. Les blocs Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem, tous ancrés dans le bassin Douala/Kribi-Campo, ont été confiés à Murphy West Africa Ltd, filiale du groupe américain Murphy Oil.

Une reprise conditionnée à l’exécution

Reste que la trajectoire haussière esquissée pour 2028 et 2029 demeure une hypothèse de travail. Les blocs attribués se trouvent encore au stade préliminaire de la négociation contractuelle. Il faudra ensuite sécuriser les enveloppes d’investissement, mener les travaux de développement et parvenir à une mise en production effective dans les délais retenus par le calendrier gouvernemental. Autant d’étapes dont l’expérience du secteur montre qu’elles se déroulent rarement sans glissements.

Le pari camerounais illustre une équation désormais familière aux producteurs matures du golfe de Guinée. Les champs historiques déclinent plus vite que les nouveaux périmètres ne se développent, et la fenêtre de décision se resserre au fur et à mesure que la demande mondiale d’hydrocarbures se réoriente. Pour Yaoundé, dont le budget reste sensible aux recettes pétrolières malgré leur érosion relative, la capacité à transformer les attributions récentes en barils et en mètres cubes commercialisés déterminera la trajectoire budgétaire de la seconde moitié de la décennie. Le rendez-vous de 2028 servira de premier verdict. Selon Investir au Cameroun, l’ampleur du redressement dépendra directement de la concrétisation des projets aujourd’hui en négociation.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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