La compagnie italienne ENI a confirmé son intention de se positionner sur le bloc gazier EG-27, un actif offshore considéré comme stratégique par les autorités de Guinée équatoriale. Le périmètre se situe en eaux profondes, à environ 140 kilomètres au sud-ouest de l’île de Bioko, l’un des principaux pôles pétroliers et gaziers du pays. Cette annonce intervient dans un contexte de reconfiguration de l’industrie gazière équato-guinéenne, marquée par le déclin naturel des champs historiques et la recherche active de nouvelles ressources pour alimenter les infrastructures de liquéfaction existantes.
Un bloc offshore au cœur de la stratégie gazière de Malabo
Le bloc EG-27 figure parmi les périmètres les plus surveillés du bassin sédimentaire équato-guinéen. Sa localisation en eaux profondes, à proximité des installations opérationnelles de Bioko, lui confère un avantage logistique de premier ordre. Toute découverte commerciale pourrait être raccordée aux unités de traitement et à l’usine de liquéfaction d’EG LNG à Punta Europa, dont les capacités souffrent depuis plusieurs années d’un déficit d’approvisionnement en molécules. Ce schéma industriel, dit de gas hub, constitue l’un des piliers de la politique énergétique définie par le ministère des Mines et des Hydrocarbures.
Pour les autorités équato-guinéennes, sécuriser un partenaire de premier rang sur EG-27 revêt une portée à la fois budgétaire et géostratégique. Les recettes tirées des hydrocarbures représentent l’essentiel des ressources publiques du petit État d’Afrique centrale, quatrième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne et pionnier régional du GNL depuis l’inauguration de son terminal en 2007. La capacité à attirer un opérateur de la taille d’ENI conditionne la poursuite de ce modèle exportateur.
ENI, un acteur familier du golfe de Guinée
La major italienne n’est pas une inconnue dans la sous-région. Présente au Nigeria, en Angola, au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire, elle a bâti au fil des décennies une expertise reconnue en eaux profondes et en projets gaziers intégrés. Son intérêt pour EG-27 s’inscrit dans une trajectoire de diversification géographique et de consolidation de son portefeuille africain, alors que le groupe dirigé par Claudio Descalzi entend faire du gaz un axe central de sa transition énergétique.
Concrètement, ENI cherche à sécuriser des volumes commercialisables sur les marchés européens et asiatiques, où la demande en GNL demeure structurellement soutenue depuis la reconfiguration des flux énergétiques provoquée par la guerre en Ukraine. La Guinée équatoriale, en tant que producteur historique disposant d’infrastructures amorties, offre un profil risque-rendement attractif pour une compagnie européenne soucieuse de raccourcir les délais entre exploration et mise en production.
Un pari sur la remontée de la production équato-guinéenne
La production d’hydrocarbures de la Guinée équatoriale a reculé de manière continue au cours de la dernière décennie, sous l’effet de l’épuisement des gisements matures d’Alba et de Zafiro. Pour enrayer cette tendance, Malabo a multiplié les cycles d’attribution de blocs et allégé certaines conditions contractuelles afin de restaurer l’attractivité de son domaine minier. Le bloc EG-27 s’inscrit dans cette logique, aux côtés d’autres périmètres proposés à des majors européennes, américaines et asiatiques.
Reste que la concrétisation de l’intérêt manifesté par ENI dépendra des termes contractuels négociés avec l’État, notamment sur le partage de production, la fiscalité applicable et les obligations d’engagements minimaux en travaux d’exploration. Le calendrier de forage exploratoire, généralement étalé sur trois à cinq ans, déterminera la contribution effective de ce bloc à la sécurisation de la chaîne GNL équato-guinéenne. Par ailleurs, la coordination avec les autres opérateurs présents dans la zone, dont l’américain Marathon Oil et le nigérian Trident Energy, constituera un paramètre décisif pour mutualiser les infrastructures d’évacuation.
Dans le même temps, la démarche d’ENI envoie un signal politique aux investisseurs internationaux : malgré les critiques récurrentes sur la gouvernance du secteur, la Guinée équatoriale conserve la capacité d’attirer des capitaux privés dans un environnement énergétique mondial en pleine recomposition. Selon Financial Afrik, la formalisation de l’accord constituera une étape déterminante pour la trajectoire gazière du pays à l’horizon 2030.
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