SNH : le bénéfice net recule de 41 % au Cameroun en 2025

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

Le repli est net. La SNH, opérateur public des hydrocarbures au Cameroun, affiche un bénéfice net de 19,98 milliards de FCFA au titre de l’exercice clos le 31 décembre 2025, contre 34,05 milliards un an plus tôt. La progression modeste du chiffre d’affaires, à 5,55 milliards de FCFA (+6,1 %), n’a pas suffi à contenir la dégradation des principaux soldes intermédiaires de gestion. La valeur ajoutée s’est contractée de 35,6 % à 9,05 milliards, tandis que l’excédent brut d’exploitation a basculé dans le rouge, à -3,36 milliards, contre +1,72 milliard en 2024.

Après amortissements et provisions, la perte d’exploitation atteint 12,47 milliards de FCFA, presque le double du déficit opérationnel enregistré l’année précédente. Concrètement, pour chaque franc CFA de revenus commerciaux, la société publique supporte plus de deux francs de charges de personnel, sans même compter les services extérieurs, les impôts et les autres achats. Ce déséquilibre interroge le modèle économique d’une entreprise dont la mission dépasse la simple activité marchande, puisqu’elle gère pour le compte de l’État les intérêts pétroliers et gaziers du Cameroun.

Des charges d’exploitation qui s’emballent

Le détail des comptes révèle plusieurs foyers de tension. Les services extérieurs bondissent de 23 %, à 6,43 milliards de FCFA, portés notamment par les rémunérations d’intermédiaires et de conseils, qui absorbent à elles seules 4,03 milliards. Le poste des impôts et taxes est plus spectaculaire encore : il passe de 418,3 millions à 1,64 milliard de FCFA, quasi quadruplé en douze mois. Cette envolée s’explique presque intégralement par les pénalités et amendes fiscales, chiffrées à 1,32 milliard de FCFA en 2025 contre à peine 13,2 millions en 2024.

Les autres charges progressent également de 80 %, à 5,28 milliards, dont 2 milliards de dotations aux provisions pour risques à court terme. Seule ligne relativement contenue, la masse salariale reste stable autour de 12,41 milliards de FCFA. Reste que cette stabilité, appréciée en valeur absolue, pèse lourdement au regard d’un chiffre d’affaires plus de deux fois inférieur.

La rente financière, seul rempart de la SNH

Comme en 2024, ce sont les activités financières qui empêchent le résultat de basculer en territoire négatif. Le résultat financier ressort à 43,88 milliards de FCFA, très au-dessus de la perte d’exploitation. Il recule néanmoins de 24,1 % par rapport à l’année précédente, sous l’effet conjugué d’une baisse des revenus de participations, à 41,64 milliards contre 52,59 milliards en 2024, et d’un effondrement des revenus de placement, à 2,24 milliards de FCFA (-57,2 %).

Ce déséquilibre entre cœur de métier et rente financière produit un ratio comptable atypique. Rapporté au chiffre d’affaires, le bénéfice net représente environ 360 % en 2025, après plus de 650 % en 2024. Loin de traduire une rentabilité commerciale hors norme, cette marge apparente illustre surtout la dépendance de la société aux produits financiers, presque huit fois supérieurs à son chiffre d’affaires. Sans ces revenus, l’exercice se serait soldé par une perte nette.

Trésorerie résiliente, mais réserves d’audit persistantes

La capacité d’autofinancement globale s’inscrit à 29,09 milliards de FCFA, en repli de 31,2 %. Plus révélateur encore, les flux nets issus des activités opérationnelles reculent de 53,9 %, à 13,12 milliards, sous l’effet d’une hausse de 12,62 milliards des créances et d’une variation défavorable du passif circulant. Après 24 milliards de FCFA de dividendes versés et 3,41 milliards de prélèvements sur le capital, la trésorerie nette se contracte de 7,32 milliards sur l’exercice.

Elle demeure toutefois confortable, à 159,21 milliards de FCFA au 31 décembre 2025. Le total de bilan s’établit à 328,85 milliards, avec des capitaux propres représentant plus de 82 % du passif, à 270,28 milliards. La SNH ne porte ni dette bancaire ni dette obligataire à cette date. Cette solidité coexiste néanmoins avec une hausse de 23 % des provisions pour risques et charges, portées à 43,66 milliards de FCFA, dont 37,53 milliards au titre des litiges en cours.

Les commissaires aux comptes ont assorti leur certification de plusieurs réserves. Ils relèvent notamment que la participation de la société dans le projet CSTAR Tank Farm, associée à 5,58 milliards de FCFA de décaissements, n’a pas été inscrite parmi les immobilisations financières. Ils estiment par ailleurs que la provision pour indemnités de fin de carrière mériterait d’être relevée de 4,77 milliards. Autant de signaux qui invitent à surveiller la capacité de la SNH à faire redémarrer un cœur de métier aujourd’hui étouffé par ses coûts. Selon Investir au Cameroun, l’enjeu central des prochains exercices tient précisément à cette reconquête d’un équilibre opérationnel indépendant des dividendes.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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