Le mégaprojet minier de Belinga, l’un des plus importants gisements de fer inexploités au monde, se joue désormais autant dans les capitales étrangères qu’à Libreville. À l’issue de la visite d’État du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema en France, une partie de la délégation officielle ne rentrera pas immédiatement au pays. Direction Perth, en Australie occidentale, où se trouve le siège du géant minier Fortescue. Ce déplacement, non annoncé publiquement, illustre l’intensité de la compétition diplomatique et industrielle autour du contrôle de ce gisement stratégique enclavé dans le nord-est gabonais.
Belinga, un actif stratégique convoité de Paris à Perth
Longtemps resté dans les cartons faute d’infrastructures ferroviaires et portuaires adaptées, le gisement de Belinga concentre à nouveau l’attention des majors mondiales du minerai de fer. Situé dans la province de l’Ogooué-Ivindo, il est présenté comme l’un des derniers grands gisements à haute teneur encore disponibles sur le marché mondial. La qualité du minerai gabonais en fait une cible naturelle pour les sidérurgistes en quête d’approvisionnements décarbonés, alors que la transition énergétique bouleverse les chaînes d’approvisionnement en acier vert.
Le choix de Perth comme étape n’a rien d’anodin. Fortescue, quatrième producteur mondial de minerai de fer, y a bâti son quartier général et pilote sa mue vers l’hydrogène vert et les métaux de la transition. Le groupe australien, présent depuis plusieurs mois sur le dossier gabonais, ambitionne d’associer l’extraction du fer de Belinga à une stratégie industrielle plus large, incluant le développement d’infrastructures logistiques et énergétiques. Cette approche intégrée séduit les autorités gabonaises, désireuses de tirer davantage de valeur ajoutée locale de leurs ressources.
Une diplomatie économique à double détente pour Libreville
La séquence parisienne, puis australienne, révèle une méthode. Après avoir mobilisé les investisseurs français lors de la visite d’État, l’exécutif gabonais cherche à créer une émulation entre partenaires potentiels. À Paris, plusieurs acteurs industriels hexagonaux ont été approchés autour des filières critiques, dont la logistique portuaire et le ferroviaire, deux verrous historiques de Belinga. Le chemin de fer transgabonais, saturé et vieillissant, reste en effet le principal obstacle à l’évacuation du minerai vers le port en eau profonde envisagé sur la façade atlantique.
En parallèle, les autorités de la transition, qui préparent le pays à l’exploitation de nouvelles rentes minières, veulent éviter la reproduction du schéma d’exclusivité qui avait plombé les précédentes tentatives de mise en valeur du gisement. La consultation d’opérateurs venus d’horizons différents, des majors occidentales aux acteurs australiens et asiatiques, s’inscrit dans une logique d’appel à concurrence de facto. Cette diplomatie économique à double détente vise à obtenir les meilleures conditions financières et industrielles pour le Gabon.
Fortescue, un partenaire aux ambitions africaines assumées
Le groupe fondé par le milliardaire Andrew Forrest ne cache plus ses ambitions africaines. Après avoir multiplié les mémorandums sur le continent, notamment autour de l’hydrogène vert et des projets miniers, Fortescue voit dans Belinga une opportunité d’ancrer sa présence dans le Golfe de Guinée. L’entreprise dispose des capacités techniques et financières pour financer les infrastructures d’évacuation, un argument décisif face à des concurrents parfois plus prudents sur le volet capitalistique.
Reste que la partie est loin d’être jouée. Le dossier Belinga porte en lui plusieurs contentieux hérités, notamment liés aux titres miniers accordés puis retirés au fil des dernières décennies. Toute nouvelle attribution devra intégrer ces paramètres juridiques, ainsi que les exigences environnementales liées à la proximité du parc national de l’Ivindo, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Concrètement, l’équation combine impératifs de souveraineté, viabilité économique et acceptabilité écologique, trois dimensions rarement alignées dans les grands projets extractifs africains.
Le déplacement discret d’une partie de la délégation à Perth confirme que le calendrier s’accélère. Libreville semble déterminée à trancher rapidement pour transformer un gisement dormant depuis un demi-siècle en levier de réindustrialisation. Les prochaines semaines diront si l’option australienne l’emporte sur les prétendants européens et asiatiques, ou si un montage à plusieurs acteurs sera privilégié. Selon Gabon Review, aucun communiqué officiel n’a pour l’heure été publié sur cette étape australienne de la tournée présidentielle.
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