Hezbollah répond à Aoun : le retrait israélien avant le désarmement

Group of camouflaged soldiers near a tank during a training exercise outdoors.Photo : Bojan Milic / Pexels

La question du désarmement du Hezbollah revient au centre du débat politique libanais. Selon des sources proches du parti chiite citées par la presse de Beyrouth, la formation dirigée par Naïm Qassem a signifié à la présidence de la République que toute discussion sur l’avenir de son arsenal restait subordonnée au retrait complet des forces israéliennes des positions qu’elles occupent au sud du Litani. Le message adressé au chef de l’État, Joseph Aoun, referme une séquence d’ouverture qui avait suscité, ces dernières semaines, l’espoir d’une inflexion.

Un retrait israélien érigé en préalable absolu

Le Hezbollah inverse la logique promue par le palais présidentiel de Baabda. Là où Joseph Aoun, élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance, plaide pour une monopolisation progressive des armes par l’État libanais dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024, le parti de Dieu réplique que la question de l’arsenal ne saurait être disjointe de celle de l’occupation. Les cadres du mouvement rappellent que l’armée israélienne maintient une présence sur cinq collines stratégiques du Liban-Sud, en violation des termes de la trêve parrainée par Washington et Paris.

Cette position n’est pas nouvelle sur le fond, mais son formalisme tranche avec les signaux plus feutrés envoyés au printemps. En clair, le Hezbollah refuse d’ouvrir une négociation sur son armement tant que le territoire national n’est pas intégralement recouvré. Le chef du parti, Naïm Qassem, avait déjà martelé cette ligne lors d’allocutions récentes, rejetant toute concession sous pression américaine.

Joseph Aoun face à une équation piégée

Pour le chef de l’État, la donne est délicate. Ancien commandant en chef de l’armée, il a bâti sa candidature sur la restauration de l’autorité étatique et le respect de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui prévoit depuis 2006 le déploiement exclusif des Forces armées libanaises et de la FINUL au sud du Litani. Washington, principal soutien financier de l’armée libanaise, conditionne désormais explicitement son appui à des progrès tangibles sur le désarmement des milices.

Le président doit composer avec un équilibre communautaire fragile et une opinion chiite majoritairement acquise au Hezbollah, y compris après les pertes considérables subies lors du conflit avec Israël en 2024. Toute manœuvre perçue comme un diktat extérieur risquerait d’embraser à nouveau la scène intérieure. À l’inverse, l’inaction expose le Liban à un tarissement de l’aide internationale et à une reprise des frappes israéliennes, qui n’ont jamais totalement cessé depuis l’entrée en vigueur de la trêve.

Une négociation régionale sous tutelle américaine

Le dossier dépasse largement les frontières libanaises. L’envoyé spécial américain Amos Hochstein, remplacé au cours de l’année par de nouveaux émissaires, a multiplié les navettes entre Beyrouth, Jérusalem et les capitales du Golfe pour pousser à un règlement global. Riyad, qui a repris pied dans le dossier libanais après une décennie de retrait relatif, observe avec attention l’évolution du bras de fer, tandis que Téhéran, principal parrain du Hezbollah, sort affaibli par la séquence militaire ouverte en 2023.

Concrètement, le refus opposé à Joseph Aoun agit comme un rappel des rapports de force. Le Hezbollah conserve la maîtrise du calendrier et entend démontrer qu’aucun compromis ne s’imposera sans contrepartie tangible sur le terrain. Reste que le mouvement, économiquement éprouvé et militairement affaibli, ne dispose plus des marges de manœuvre qui étaient les siennes avant la dernière guerre. Cette asymétrie nouvelle explique la rigidité de la posture publique, censée compenser une vulnérabilité stratégique.

Par ailleurs, la reconstruction des zones sinistrées du Sud, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth, chiffrée à plusieurs milliards de dollars par la Banque mondiale, demeure suspendue à l’apaisement politique. Sans clarification du dossier des armes, les bailleurs du Golfe et les institutions financières internationales conditionneront leur engagement, prolongeant l’agonie économique d’un pays en défaut souverain depuis 2020. Selon Al Akhbar, le parti chiite a fait savoir qu’il ne céderait sur aucun de ces paramètres avant le départ du dernier soldat israélien.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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