Franc CFA : Lionel Zinsou défend la garantie française du taux de change

Colorful assortment of international paper currencies from various countries in a flat lay.Photo : Valentin Ivantsov / Pexels

Le débat sur le franc CFA connaît un nouveau rebondissement avec l’intervention de Lionel Zinsou. L’ancien chef du gouvernement béninois, aujourd’hui banquier d’affaires réputé sur la place de Paris, qualifie de « masochisme monétaire » toute démarche visant à supprimer la garantie de convertibilité assurée par le Trésor français sur la monnaie commune de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Sa sortie, relayée par la presse sénégalaise, intervient alors que plusieurs voix, notamment au sein des nouvelles autorités de Dakar et de Bamako, plaident pour une rupture plus nette avec l’architecture héritée de la période post-coloniale.

Une garantie de change au cœur de la controverse

Le mécanisme contesté repose sur un principe simple mais lourd de conséquences. En échange du dépôt d’une partie des réserves de change auprès du Trésor français, Paris s’engage à garantir la convertibilité illimitée du franc CFA à un taux fixe avec l’euro. Cette architecture, remodelée en 2019 avec la réforme annonçant la transition vers l’éco et la fin de la centralisation des réserves, conserve néanmoins son pilier central : la parité fixe et sa garantie.

Pour Lionel Zinsou, cette béquille technique n’a rien d’une servitude. Elle constitue au contraire un rempart contre les épisodes d’inflation importée et les dépréciations brutales qui frappent régulièrement les monnaies flottantes du continent. L’argument s’appuie sur des comparaisons éloquentes. Le naira nigérian, la livre égyptienne, le cedi ghanéen ou le birr éthiopien ont connu, ces trois dernières années, des dévaluations parfois supérieures à 50 %, avec des conséquences directes sur le pouvoir d’achat et le service de la dette libellée en devises.

Un débat politique aux implications économiques lourdes

La contestation du franc CFA dépasse largement le cadre technique. Depuis l’arrivée au pouvoir des juntes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, puis le renforcement des mouvements souverainistes dans plusieurs capitales, la question monétaire est devenue un marqueur politique. Les trois États sahéliens réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel ont ainsi évoqué la création d’une monnaie propre, sans calendrier ni architecture précise à ce stade.

Le raisonnement de Lionel Zinsou vise précisément cette rhétorique. En privant les économies ouest-africaines de l’ancrage à l’euro, un retrait de la garantie exposerait la zone à des primes de risque plus élevées sur les marchés obligataires internationaux, à un renchérissement du coût de la dette et à une inflation moins maîtrisée. La zone UEMOA affiche actuellement l’un des taux d’inflation les plus faibles du continent, généralement contenu sous la barre des 4 %, quand certains voisins dépassent les 20 %.

Souveraineté monétaire et arbitrages stratégiques

Le débat pose in fine la question de l’arbitrage entre autonomie de la politique monétaire et stabilité. La parité fixe interdit à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de conduire une politique de change accommodante pour soutenir la compétitivité des exportations. Les partisans d’une rupture y voient un carcan qui priverait les économies d’un outil d’ajustement. Les défenseurs du système, dont Lionel Zinsou se fait l’un des porte-voix les plus visibles, rétorquent que cette rigidité protège les populations les plus vulnérables des chocs monétaires.

Reste que l’architecture actuelle n’est pas figée. La transition vers l’éco, annoncée en 2019 par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, tarde à se concrétiser. La sortie des représentants français des instances de gouvernance de la BCEAO et le rapatriement des réserves ont bien eu lieu, mais l’ancrage à l’euro et sa garantie demeurent. C’est précisément ce dernier verrou que certains gouvernements souhaitent voir sauter, et que Lionel Zinsou juge indispensable de préserver.

La sortie du banquier béninois s’inscrit dans un lobbying discret mais actif d’une partie des élites économiques francophones, soucieuses de préserver un cadre monétaire perçu comme un atout pour attirer les investisseurs étrangers. Le message adressé aux gouvernements de la région est clair : la stabilité monétaire acquise depuis 1994 ne se troque pas contre un slogan. Selon Seneweb, l’ancien Premier ministre appelle les décideurs à ne pas céder aux tentations idéologiques au détriment des équilibres macroéconomiques.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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