La saison des mariages au Liban, qui rythme habituellement les mois d’été et attire une diaspora généreuse en devises, s’est refermée avant d’avoir véritablement commencé. Les organisateurs de cérémonies, hôteliers et prestataires événementiels dressent un constat sans appel : les réservations se sont effondrées et les annulations se sont multipliées sous l’effet du climat sécuritaire tendu qui prévaut dans le pays. Selon les acteurs de la filière cités par la presse libanaise, les pertes cumulées se chiffreraient en centaines de millions de dollars, un manque à gagner considérable pour une économie déjà éreintée par cinq années de crise.
Une filière stratégique pour l’économie libanaise
Le marché nuptial libanais ne se résume pas à une activité sociale. Il constitue un écosystème économique à part entière, mobilisant salles de réception, traiteurs, hôtels, fleuristes, photographes, artistes, ateliers de haute couture et prestataires logistiques. Chaque cérémonie génère traditionnellement des dépenses substantielles, tirées vers le haut par la clientèle de la diaspora qui revient chaque été célébrer au pays. Cette manne saisonnière irriguait jusqu’ici des pans entiers de la restauration et de l’hôtellerie, particulièrement dans les régions du Mont-Liban, de la Békaa et sur le littoral.
La saison estivale représente à elle seule une part majeure du chiffre d’affaires annuel de nombreux professionnels. Beaucoup avaient misé sur un rebond après les épisodes précédents de contraction, comptant sur le retour des expatriés pour amortir les coûts fixes accumulés. Ce pari s’est effondré. Les carnets de réservations, remplis en début d’année, se sont vidés à mesure que les tensions régionales se sont durcies et que les compagnies aériennes ont ajusté leurs dessertes vers Beyrouth.
Le climat sécuritaire dissuade la diaspora
Les prestataires interrogés pointent un facteur déterminant : la peur. Les familles installées à l’étranger, échaudées par les épisodes de confrontation au Sud-Liban et par les incertitudes qui pèsent sur la trajectoire régionale, ont massivement reporté ou déplacé leurs cérémonies. Chypre, la Grèce et certains pays du Golfe apparaissent comme des destinations de repli pour ceux qui refusent d’annuler purement et simplement. Ce déplacement de la valeur ajoutée hors du territoire libanais prive le pays de recettes en devises fortes dont il a un besoin vital.
Les propriétaires de salles de réception évoquent des taux d’annulation atteignant des seuils inédits, parfois supérieurs à la moitié des contrats signés en amont. Certains établissements, contraints de maintenir des équipes réduites et des charges fixes élevées, envisagent une mise en sommeil partielle de leur activité jusqu’à stabilisation du contexte. Les salariés saisonniers, souvent embauchés pour la seule période estivale, se retrouvent sans emploi de substitution dans un marché du travail atone.
Un effet domino sur l’ensemble des services
Au-delà des salles et des traiteurs, l’onde de choc traverse toute la chaîne. Les couturiers spécialisés dans les robes de mariée, les studios de photographie, les loueurs de véhicules, les artistes musicaux et les agences de voyages accusent tous une chute d’activité comparable. Plusieurs enseignes redoutent de ne pas franchir l’automne, faute de trésorerie suffisante pour absorber la saison creuse qui s’annonce. Les banques, dont le crédit reste largement gelé depuis la crise financière de 2019, n’offrent aucune bouée de sauvetage.
Reste que la filière tente de s’organiser. Des professionnels appellent les autorités à alléger la fiscalité pesant sur les événements et à mettre en place des mécanismes de soutien à l’emploi saisonnier. Ils demandent également une communication institutionnelle plus claire à destination de la diaspora, afin de restaurer la confiance et d’inciter les expatriés à maintenir leurs projets au Liban. Sans signal fort, la saison 2025 pourrait s’inscrire comme l’une des pires jamais enregistrées pour un secteur considéré comme un baromètre de la vitalité économique et sociale du pays.
Concrètement, l’effondrement de la saison nuptiale traduit une vulnérabilité structurelle : dans une économie dollarisée et privée de ses moteurs traditionnels, le tourisme événementiel restait l’un des rares vecteurs d’entrée de devises. Sa paralysie soulève des interrogations sur la capacité du Liban à préserver ses filières de services à haute intensité de main-d’œuvre. Selon Al Akhbar, les pertes se chiffrent en centaines de millions de dollars.
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