L’Unesco a formellement intégré les forteresses du Jabal Amel, région historique du Liban-Sud, sur sa liste du patrimoine mondial en péril. La décision entérine une reconnaissance de la valeur universelle exceptionnelle de cet ensemble monumental, tout en actant sa vulnérabilité face aux dégradations liées au conflit ouvert entre le Hezbollah et l’armée israélienne. Elle intervient alors que plusieurs sites du Sud libanais ont subi des dommages directs ou collatéraux depuis l’ouverture du front, en octobre 2023.
Une reconnaissance internationale doublée d’un signal d’alarme
Le classement au titre du patrimoine en péril constitue une catégorie spécifique de la Convention de 1972. Il permet à l’Unesco de mobiliser une assistance technique et financière renforcée, tout en exerçant une pression diplomatique sur les parties susceptibles de porter atteinte aux biens protégés. Pour le Liban, l’inscription des citadelles du Jabal Amel élargit un portefeuille patrimonial déjà nourri par Baalbek, Tyr, Byblos, Anjar et la vallée de la Qadisha. Elle vient également prolonger une dynamique amorcée avec la mise sous protection renforcée de plusieurs édifices religieux et vestiges antiques du sud du pays.
Le Jabal Amel, littéralement la « montagne d’Amel », désigne une zone géographique et culturelle qui s’étend du littoral tyrien aux contreforts de l’Hermon. Ses forteresses, souvent édifiées ou remaniées à l’époque des Croisades, puis reprises par les dynasties mameloukes et ottomanes, forment un chapelet stratégique le long des routes anciennes reliant Damas à la Méditerranée. Beaufort, Chaqif Tiroun, Doubbiyeh ou encore Tibnine comptent parmi les jalons les plus emblématiques de ce réseau défensif.
Un patrimoine exposé aux frappes et à l’usure du conflit
Depuis le déclenchement des affrontements transfrontaliers, plusieurs organisations spécialisées ont documenté des impacts sur des édifices classés ou en cours d’inventaire. Le château de Chaqif Tiroun, perché sur un éperon rocheux dominant la vallée du Litani, a été signalé parmi les sites touchés. D’autres bâtis vernaculaires, mosquées historiques et sanctuaires ont subi des dégradations dans les localités de Bint Jbeil, Aïta el-Chaab ou Kfarkela. La densité des tirs d’artillerie et des frappes aériennes rend l’accès des équipes de sauvegarde particulièrement complexe.
L’inscription sur la liste rouge de l’Unesco a une portée à la fois symbolique et opérationnelle. Elle engage l’État partie, en l’occurrence le Liban, à soumettre un plan de mesures correctives et un calendrier de suivi. Elle autorise également le déblocage de fonds au titre du Fonds du patrimoine mondial et facilite la coordination avec des partenaires comme l’ICCROM ou l’Aliph, la fondation internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit, basée à Genève. Concrètement, les autorités libanaises pourront solliciter des expertises pour documenter les dégâts, sécuriser les structures les plus fragiles et préparer, à terme, un programme de restauration.
Un enjeu diplomatique pour Beyrouth
Pour le gouvernement libanais, la décision de l’Unesco offre un levier diplomatique dans un contexte de vulnérabilité budgétaire et sécuritaire aiguë. Elle permet de porter devant les instances multilatérales la question des atteintes au patrimoine, en s’appuyant sur un cadre normatif contraignant. La Direction générale des antiquités, qui pilote l’inventaire des biens culturels du Sud, plaide de longue date pour une internationalisation du dossier des forteresses du Jabal Amel, jugé insuffisamment protégé par les seuls dispositifs nationaux.
Reste que l’efficacité d’une telle inscription dépendra de la capacité des acteurs internationaux à faire respecter la Convention de La Haye de 1954 sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Les précédents syrien, yéménite et malien montrent que la reconnaissance patrimoniale ne suffit pas toujours à préserver les sites d’une destruction. Elle documente néanmoins les atteintes, prépare les procédures futures de réparation et alimente le travail des juridictions internationales lorsque celles-ci sont saisies. Pour le Jabal Amel, l’enjeu se joue désormais sur deux fronts distincts mais liés : la trêve durable et la mobilisation de fonds fléchés vers la sauvegarde.
Selon Al Akhbar.
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