Sidi Ould Tah lance la réorganisation en profondeur de la BAD

A sleek modern glass banking building in an urban city setting, showcasing reflective architecture.Photo : anurag upadhyay / Pexels

Nommé à la tête de la Banque africaine de développement (BAD) en 2025, le Mauritanien Sidi Ould Tah entame une réorganisation en profondeur de l’institution panafricaine basée à Abidjan. L’ancien président de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) veut adapter la gouvernance interne du groupe aux nouvelles priorités stratégiques du continent, alors que les besoins de financement du développement se chiffrent en centaines de milliards de dollars par an.

Une nouvelle architecture pour la Banque africaine de développement

La refonte engagée par Sidi Ould Tah vise à clarifier les lignes hiérarchiques, à fluidifier la chaîne de décision et à recentrer les équipes sur les mandats jugés prioritaires. Cette réorganisation touche à la fois les directions opérationnelles, les vice-présidences sectorielles et les fonctions support. Le nouveau président entend rompre avec certaines lourdeurs héritées de la précédente mandature, marquée par des tensions internes récurrentes autour de la gouvernance.

Concrètement, l’architecture repensée doit permettre à la BAD de mieux répondre à ses cinq grandes priorités opérationnelles, connues sous le nom de High 5, tout en intégrant les nouveaux axes portés par le président mauritanien depuis sa prise de fonction. La mobilisation des ressources domestiques africaines, l’industrialisation, l’appui aux petites et moyennes entreprises et l’accélération des projets d’infrastructures figurent parmi les chantiers prioritaires. Le changement de cap traduit aussi la volonté de rapprocher l’institution des États actionnaires régionaux, dont plusieurs avaient exprimé des attentes fortes lors de la campagne électorale de 2025.

Sidi Ould Tah, un profil de continuité et de rupture

Élu à la présidence de la BAD après plus d’une décennie passée à la tête de la BADEA, Sidi Ould Tah arrive avec une réputation de gestionnaire rigoureux et de négociateur habile auprès des bailleurs du Golfe. Sous sa direction, la banque basée à Khartoum puis relocalisée avait multiplié par plusieurs fois son portefeuille, en tissant des passerelles étroites entre capitaux arabes et projets africains. Ce positionnement lui a valu le soutien de plusieurs capitales, du Caire à Riyad, lors du scrutin qui l’a porté à la tête de l’institution d’Abidjan.

À la BAD, le Mauritanien hérite d’un bilan financier solide mais d’un climat interne fragilisé par les controverses des dernières années. La réorganisation annoncée doit répondre à un double impératif : restaurer la confiance des équipes et convaincre les partenaires non africains, notamment les États-Unis et les pays européens, de maintenir leur appui capitalistique. La reconstitution du Fonds africain de développement (FAD), guichet concessionnel du groupe destiné aux pays à faible revenu, constitue à cet égard un test décisif attendu dans les prochains mois.

Mobiliser les capitaux pour financer la transformation

Au-delà de l’organigramme, le chantier de fond porte sur la capacité de la Banque africaine de développement à démultiplier sa force de frappe financière. Le président Ould Tah défend depuis plusieurs années l’idée d’une meilleure valorisation des réserves de change, des fonds souverains et des recettes fiscales du continent, considérées comme sous-utilisées pour financer les investissements de long terme. Cette doctrine sous-tend plusieurs des ajustements en cours, qui privilégient les instruments de garantie, les cofinancements et les partenariats avec les banques publiques nationales.

La BAD a également engagé une réflexion sur son articulation avec les autres institutions financières continentales, notamment Africa Finance Corporation, Afreximbank et la future Africa Investment Bank portée par l’Union africaine. L’enjeu consiste à éviter les doublons tout en constituant un écosystème financier panafricain plus intégré, capable de peser dans les négociations internationales sur la dette et le climat. Les prochaines assemblées annuelles offriront une première lecture publique des équilibres qui se dessinent en interne.

Reste à mesurer la capacité de la nouvelle équipe à traduire ces orientations en résultats tangibles pour les économies emprunteuses, alors que plusieurs pays africains font face à un resserrement de leurs marges budgétaires. La réussite de la réforme se jouera autant sur la qualité des recrutements que sur la vitesse d’exécution des projets approuvés. Selon Financial Afrik, la feuille de route de Sidi Ould Tah doit être précisée lors des prochaines réunions du conseil d’administration de l’institution.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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