Brazzaville s’invite dans la médiation de la crise politique en RDC

A lone tree standing by the riverbanks in Brazzaville, Congo.Photo : Gis photography / Pexels

La crise politique en RDC a franchi un nouveau seuil. À l’est, la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo et du Mouvement du 23 mars (AFC/M23) continue d’étendre son emprise, tandis qu’à Kinshasa, les accusations de restrictions des libertés publiques se multiplient et qu’un projet de réforme constitutionnelle attise les tensions. Dans ce paysage saturé, une diplomatie discrète prend corps sur l’autre rive du fleuve Congo, à Brazzaville, où le président Denis Sassou-Nguesso cherche à recréer les conditions d’un dialogue congolais entre pouvoir et opposition.

Dans une tribune publiée par Financial Afrik, l’avocat américain Gregory P. Tosi, ancien conseiller du Congrès à Washington, décrit une médiation de proximité qui tranche avec l’agitation habituelle des sommets régionaux. Le chef de l’État congolais, doyen des dirigeants d’Afrique centrale, connaît intimement les acteurs kinois. Il dispose d’un capital relationnel rare, entretenu depuis plus de trois décennies avec les principales figures de la classe politique de la RDC, de la famille Kabila aux héritiers politiques d’Étienne Tshisekedi.

Brazzaville, médiateur naturel d’une crise congolaise

La position géographique n’explique pas tout. Si Brazzaville et Kinshasa se font face de part et d’autre du fleuve, la médiation portée par Denis Sassou-Nguesso se distingue par sa méthode : discrétion, canaux directs, refus de l’exposition médiatique. Cette diplomatie de couloirs contraste avec le processus de Nairobi ou les initiatives de Luanda, plus visibles mais souvent enlisées dans la question du M23 et des interférences rwandaises.

L’atout du président congolais tient à sa capacité à parler à toutes les parties. Il reçoit aussi bien les représentants du camp présidentiel de Félix Tshisekedi que des figures de l’opposition, et n’exclut pas les acteurs contestés du champ politique. À ce dispositif s’ajoute le rôle des Églises congolaises, historiquement structurantes dans les transitions du pays. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) constituent depuis des années une infrastructure morale et logistique du dialogue interne, seule à même de convoquer une base sociale large.

Washington sommé de soutenir sans diriger

Pour Gregory P. Tosi, la posture attendue de l’administration américaine tient en une formule : soutenir sans diriger. L’auteur plaide pour un appui diplomatique à la médiation africaine, plutôt qu’une substitution qui délégitimerait le processus. Cet équilibre n’est pas anodin. Depuis 2023, Washington a considérablement musclé son engagement en Afrique centrale, avec en toile de fond une compétition ouverte face à la Chine sur les chaînes d’approvisionnement en cuivre et cobalt.

Le corridor de Lobito, projet ferroviaire reliant les gisements du Katanga au port angolais de Lobito, incarne cet enjeu. Soutenu financièrement par les États-Unis et l’Union européenne, il vise à sécuriser un axe d’exportation alternatif pour les minerais critiques congolais. Or, aucun montage financier durable ne résistera à une crise ouverte à Kinshasa. Les investisseurs miniers, du groupe américain KoBold Metals aux consortiums européens, exigent un cadre politique stabilisé, seul à même de garantir des concessions et une gouvernance prévisible sur la durée du projet.

Une légitimité politique préalable aux accords régionaux

Le message porté depuis Brazzaville rejoint une préoccupation partagée par plusieurs chancelleries : sans dialogue national inclusif, les accords régionaux signés sur le dossier de l’est resteront fragiles. La légitimité intérieure conditionne l’exécution des engagements pris à Doha, Nairobi ou Washington. L’expérience des précédents accords, du processus de Sun City en 2002 aux arrangements de 2013, montre qu’une paix imposée d’en haut sans adhésion politique interne se délite en quelques trimestres.

Reste que la fenêtre est étroite. La réforme constitutionnelle envisagée par la présidence Tshisekedi cristallise les oppositions, tandis que l’AFC/M23 consolide ses positions dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. La médiation congolaise devra composer avec un calendrier resserré et une méfiance profonde entre acteurs. Sa réussite dépendra autant de la constance de Denis Sassou-Nguesso que de la capacité de Washington et de ses partenaires européens à s’effacer suffisamment pour laisser prospérer une solution africaine, condition sine qua non d’un retour des grands investisseurs miniers dans la région des Grands Lacs.

Selon Financial Afrik.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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