La réforme constitutionnelle annoncée par les autorités sénégalaises entre dans une phase de consultations élargies. Une délégation de la Coalition de la société civile pour l’application des conclusions des Assises nationales et des travaux de la Commission nationale de réforme des institutions a rencontré le groupe parlementaire Takku Wallu, principale formation d’opposition à l’Assemblée nationale. Cette rencontre marque un jalon dans la préparation d’un débat public qui s’annonce dense, alors que l’exécutif dirigé par Bassirou Diomaye Faye a inscrit la refondation institutionnelle parmi ses priorités.
Un dialogue transpartisan autour de la révision constitutionnelle
La démarche engagée par la société civile vise à obtenir des engagements clairs des différentes forces politiques sur le contenu et le calendrier de la révision. Les Assises nationales, tenues à partir de 2008 à l’initiative d’un large arc politique et citoyen, avaient produit un corpus de recommandations sur la limitation du mandat présidentiel, la séparation des pouvoirs et la modernisation de l’administration. Les travaux ultérieurs de la Commission nationale de réforme des institutions, la CNRI, dirigée par le constitutionnaliste Amadou Mahtar Mbow, ont prolongé cette réflexion en 2013 sans que l’ensemble de ses préconisations n’ait été mis en œuvre.
La coalition citoyenne entend précisément replacer ces textes au cœur du débat parlementaire. En sollicitant Takku Wallu, elle envoie un signal politique : la refondation ne peut être l’apanage d’une majorité, aussi confortable soit-elle. Le groupe parlementaire, qui rassemble les députés proches de l’ancien président Macky Sall et d’autres sensibilités du camp libéral, dispose d’un poids d’audit et de contre-proposition sur les projets de loi organique à venir.
Takku Wallu, un interlocuteur politique en reconfiguration
Pour la formation dirigée par les héritiers de l’Alliance pour la République, ces consultations offrent une tribune stratégique. Après la large victoire du parti Pastef aux législatives anticipées de novembre 2024, l’opposition parlementaire cherche des relais dans la société civile pour peser sur l’agenda législatif. Le format retenu, celui d’une écoute préalable à toute prise de position formelle, permet aux deux camps de baliser le terrain sans engagement irréversible.
Les sujets susceptibles d’alimenter la discussion sont connus. La suppression ou le maintien du Conseil économique, social et environnemental, la réforme du Conseil constitutionnel, l’encadrement des pouvoirs du chef de l’État, la place du Premier ministre et le statut de l’opposition figurent parmi les points saillants héritiers des Assises. À cela s’ajoute la question du régime électoral, plusieurs voix plaidant pour l’introduction d’un scrutin proportionnel partiel afin de mieux refléter le pluralisme politique.
Un calendrier serré pour un chantier institutionnel majeur
Le pouvoir exécutif a laissé entendre qu’un projet de révision pourrait être soumis au Parlement dans les prochains mois. Reste que la temporalité constitutionnelle impose des étapes strictes. Toute modification substantielle de la Loi fondamentale requiert soit un vote qualifié des trois cinquièmes des députés, soit un référendum. Dans un hémicycle où Pastef détient une majorité écrasante, la voie parlementaire semble techniquement acquise, mais l’exécutif a plusieurs fois évoqué le recours à la consultation populaire pour ancrer la légitimité de la réforme.
Cette perspective referendaire renforce l’importance des consultations en cours. Une société civile mobilisée et une opposition associée en amont réduisent le risque d’un débat polarisé au moment de la campagne. À l’inverse, un processus perçu comme unilatéral exposerait la réforme à une contestation similaire à celle qui avait entouré la révision de 2016 sous Macky Sall, marquée par un taux d’abstention élevé.
Concrètement, les prochaines semaines devraient voir la coalition citoyenne étendre ses rencontres aux autres groupes parlementaires, dont Pastef lui-même, ainsi qu’aux formations non représentées à l’Assemblée. L’enjeu consiste à consolider un socle de consensus minimal avant l’ouverture officielle du chantier législatif. Pour Dakar, la crédibilité de la promesse de rupture institutionnelle portée depuis mars 2024 se jouera en grande partie dans la qualité de ce processus préparatoire. Selon PressAfrik, les échanges se poursuivront dans les prochains jours.
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