Partenaire historique des États-Unis et intermédiaire privilégié avec l’Iran, Oman se retrouve au centre de nouvelles tensions avec Washington. Donald Trump a menacé le sultanat de frappes s’il entravait les négociations avec Téhéran, alors que la question de la réouverture du détroit d’Ormuz cristallise les désaccords.
Les relations entre Washington et Mascate connaissent une période de fortes turbulences. Donald Trump a de nouveau menacé Oman de représailles militaires si le pays venait à faire obstacle aux discussions avec l’Iran. Quelques heures plus tard, lundi 18 août, le président américain a reproché aux autorités omanaises de ne pas s’être « très bien comportées », sans préciser davantage ses accusations.
Cette nouvelle mise en garde intervient à un moment particulièrement délicat. Le délai de soixante jours accordé en juin pour parvenir à un accord avec Téhéran vient d’expirer sans avancée décisive sur le dossier nucléaire ni règlement du conflit.
Dans le même temps, Oman poursuit ses propres discussions avec l’Iran concernant un autre enjeu majeur : le détroit d’Ormuz.
Le détroit d’Ormuz au centre des tensions
Cette voie maritime constitue l’un des passages les plus stratégiques de la planète. Avant le conflit, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde y transitait. Oman borde la rive sud du détroit, directement face à l’Iran.
Depuis les attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran en février, la circulation y est fortement perturbée. Une situation qui pèse sur les marchés énergétiques internationaux et contribue notamment à maintenir les prix du pétrole à des niveaux élevés.
Mascate cherche donc à négocier avec Téhéran les conditions permettant à davantage de navires commerciaux d’emprunter de nouveau cette route. L’Iran a annoncé lundi qu’un accord avait été trouvé sur le tracé d’un corridor de transit, même si plusieurs modalités doivent encore être précisées.
Une réouverture plus large du détroit pourrait contribuer à détendre les marchés de l’énergie. Mais Washington s’inquiète des conditions dans lesquelles elle serait organisée et redoute qu’un accord bilatéral entre Oman et l’Iran n’accorde à Téhéran une influence excessive sur cette voie stratégique.
La proximité d’Oman avec l’Iran divise Washington
La situation est d’autant plus particulière qu’Oman joue depuis plusieurs décennies un rôle d’intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran.
Le sultanat entretient de bonnes relations avec Washington tout en conservant des canaux diplomatiques avec Téhéran. Cette position lui a régulièrement permis d’accueillir ou de faciliter des négociations entre les deux adversaires.
Mais ce rôle de médiateur est aujourd’hui regardé avec davantage de méfiance par une partie de l’administration américaine. Certains responsables considèrent que Mascate est devenu trop proche de l’Iran et pourrait contribuer à l’élaboration d’un accord avantageant Téhéran.
D’autres estiment au contraire que cette capacité à dialoguer avec les deux camps constitue précisément l’intérêt diplomatique d’Oman dans la région.
Des relations déjà dégradées depuis plusieurs mois
Les tensions ne sont pas nouvelles. Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, qui avait participé aux discussions entre Américains et Iraniens avant le déclenchement de la guerre, avait ouvertement critiqué les frappes américaines contre l’Iran.
Un autre désaccord concerne l’hypothèse de péages imposés aux navires empruntant le détroit d’Ormuz. Des renseignements américains ont évoqué des discussions entre Oman et l’Iran autour d’un tel dispositif afin de faciliter la reprise du trafic maritime. Les autorités omanaises ont démenti à plusieurs reprises ces informations.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est montré particulièrement hostile à cette possibilité. Washington considère qu’autoriser une puissance à prélever des droits de passage dans un détroit international aussi stratégique pourrait créer un précédent pour d’autres grandes routes commerciales maritimes.
Donald Trump accentue la pression sur ses partenaires
Les critiques adressées à Oman s’inscrivent dans une stratégie plus large de pression exercée par Donald Trump sur les partenaires des États-Unis.
Le président américain reproche notamment à plusieurs alliés de ne pas participer suffisamment aux efforts visant à sécuriser le détroit d’Ormuz. Il a ainsi décidé de réduire un exercice militaire conjoint avec la Corée du Sud après le refus de Séoul de contribuer à sa réouverture. Le Royaume-Uni et l’Espagne ont également fait l’objet de critiques de la Maison-Blanche.
Washington cherche parallèlement de nouveaux intermédiaires pour renouer le dialogue avec Téhéran. Le Qatar et le Pakistan ont notamment été sollicités alors qu’Oman, jusqu’ici acteur central de la médiation, semble avoir été relégué au second plan.
L’objectif américain demeure de parvenir à une réouverture complète du détroit d’Ormuz tout en obtenant des garanties empêchant l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. En l’absence d’avancée sur ces deux dossiers, les tensions diplomatiques se multiplient désormais jusque dans les relations entre Washington et certains de ses partenaires historiques au Moyen-Orient.

Be the first to comment on "Tensions autour d’Ormuz : comment Oman est devenu la nouvelle cible de Donald Trump"