Sénégal : 40 % de la population privée de connectivité numérique

Explore traditional nipa huts in a rural Senegal village, showcasing a serene countryside setting.Photo : Pros Pierre / Pexels

La fracture numérique demeure l’un des angles morts les plus embarrassants de la politique publique sénégalaise. Selon les données relayées à Dakar, 40 % de la population n’accède toujours pas à une connectivité fiable, un chiffre qui contraste avec l’image d’un pays présenté comme un hub technologique en Afrique de l’Ouest. Cette proportion englobe aussi bien les zones rurales enclavées que des poches urbaines mal desservies, où la couverture mobile reste erratique et le haut débit fixe quasi inexistant. À l’heure où le gouvernement multiplie les annonces autour de la 5G et de la digitalisation des services publics, l’écart entre le discours et l’expérience quotidienne des usagers se creuse.

Un maillage inégal qui pénalise les territoires ruraux

Le déficit de connectivité au Sénégal ne se répartit pas de manière homogène. Les régions de Kédougou, Tambacounda, Matam ou Sédhiou concentrent l’essentiel des zones blanches, là où la rentabilité commerciale des opérateurs reste faible et où les investissements privés peinent à suivre. Sonatel, Free et Expresso, les trois opérateurs actifs, ont bâti leur croissance sur les grands centres urbains, Dakar en tête, laissant à l’État et au Fonds de développement du service universel des télécommunications (FDSUT) la charge de couvrir les marges du territoire.

Cette architecture pose un problème structurel. Les mécanismes de financement du service universel, alimentés par une contribution des opérateurs, souffrent d’une exécution lente et d’une gouvernance régulièrement critiquée. Résultat : des villages restent hors réseau, des écoles rurales n’accèdent pas aux plateformes pédagogiques, et les téléservices administratifs se heurtent à un mur d’exclusion silencieuse. La fracture numérique devient alors une fracture sociale, économique et parfois sanitaire.

Une souveraineté numérique fragilisée par l’exclusion

Le paradoxe est frappant. Dakar héberge des câbles sous-marins majeurs, dont ACE et SAT-3, et se positionne comme un point d’atterrissage stratégique du trafic ouest-africain. Le pays dispose d’un centre national de données inauguré à Diamniadio pour héberger les données publiques et affirmer une forme d’autonomie technologique. Pourtant, cette infrastructure de pointe cohabite avec une réalité de terrain où 40 % des Sénégalais restent en dehors du jeu numérique. La souveraineté proclamée perd de sa substance dès lors qu’une partie significative des citoyens ne peut pas en récolter les bénéfices concrets.

Pour les acteurs économiques, cette fracture pèse sur la compétitivité globale. Les PME situées en périphérie ne peuvent pas basculer vers le commerce en ligne, les producteurs agricoles restent coupés des plateformes de prix, et le secteur bancaire peine à étendre le mobile money au-delà des corridors déjà équipés. L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) a multiplié les rapports pointant la nécessité d’accélérer le déploiement, sans que le rythme observé ne rattrape l’ambition affichée dans la Stratégie Sénégal numérique 2025.

Quelles leviers pour combler le retard

Plusieurs pistes sont sur la table. La première tient à l’accélération du partage d’infrastructures passives entre opérateurs, une pratique qui permettrait de mutualiser les coûts de couverture dans les zones peu denses. La seconde concerne l’usage des technologies alternatives, notamment les solutions satellitaires en orbite basse, dont l’arrivée pourrait changer l’équation économique de la desserte rurale. Enfin, la question du prix reste centrale : même là où la couverture existe, le coût du forfait data demeure prohibitif pour une part importante des ménages sénégalais.

Le nouveau gouvernement, qui a fait de la souveraineté numérique un marqueur politique, dispose ici d’un test grandeur nature. Réduire la fracture numérique suppose un arbitrage clair entre subvention publique, obligation de couverture imposée aux opérateurs et ouverture à de nouveaux entrants. À défaut, le chiffre de 40 % risque de s’installer comme la mesure permanente d’une promesse tenue à moitié. Selon Seneweb.

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About the Author

Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

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