Le chef de l’armée pakistanaise attendu à Téhéran pour une visite officielle

Stunning panoramic view of Tehran's skyline at dusk, showcasing the city's dense urban environment and architectural diversity.Photo : Mehdi Salehi / Pexels

La visite du chef de l’armée pakistanaise à Téhéran, annoncée par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaïl Baghaï, marque une nouvelle étape dans le dialogue militaire entre la République islamique d’Iran et Islamabad. Selon les autorités iraniennes, cette rencontre au sommet doit se tenir dès demain dans la capitale iranienne, avec à l’agenda les dossiers sécuritaires frontaliers, la coopération de défense et la stabilisation d’un voisinage traversé par de multiples foyers de tension. La démarche traduit la volonté des deux États de consolider un canal de discussion permanent entre leurs appareils militaires respectifs.

Une diplomatie militaire réactivée entre voisins stratégiques

La relation irano-pakistanaise repose sur une frontière commune de plus de 900 kilomètres, régulièrement éprouvée par des incursions de groupes armés et des trafics transfrontaliers. Les deux capitales avaient connu un épisode de tension aiguë début 2024, lorsque des frappes réciproques avaient visé des positions supposées de groupes séparatistes baloutches de part et d’autre de la frontière. Depuis, Islamabad et Téhéran ont patiemment reconstruit un cadre de coopération, en privilégiant les canaux militaires et sécuritaires. La visite du général en chef de l’armée pakistanaise s’inscrit dans cette dynamique de reconstruction, avec un accent particulier sur la lutte contre le terrorisme et la sécurisation du couloir frontalier du Sistan-Baloutchistan.

Pour Téhéran, le renforcement du lien avec Islamabad présente un double intérêt. D’une part, verrouiller sa frontière orientale à un moment où sa diplomatie régionale est soumise à d’intenses pressions. D’autre part, envoyer un signal politique sur sa capacité à entretenir des partenariats structurants malgré l’isolement recherché par une partie des puissances occidentales. Le porte-parole Esmaïl Baghaï a souligné, à l’occasion de son point de presse hebdomadaire, la portée stratégique de ce rendez-vous, en le replaçant dans le cadre d’une politique de bon voisinage revendiquée par la République islamique.

Les dossiers sur la table : sécurité, énergie, corridors

Au-delà de la question sécuritaire, plusieurs chantiers structurent la relation bilatérale. Le projet de gazoduc Iran-Pakistan, arlésienne de la coopération énergétique depuis plus d’une décennie, demeure suspendu aux sanctions américaines qui pèsent sur Téhéran. Islamabad, pris entre ses besoins énergétiques criants et la pression de Washington, temporise. Concrètement, la visite du chef d’état-major pakistanais ne devrait pas trancher ce dossier, qui relève davantage du niveau politique. Mais elle pourrait contribuer à créer un climat de confiance propice à la relance de discussions techniques.

La question des corridors commerciaux figure également en toile de fond. Le port iranien de Chabahar et le port pakistanais de Gwadar, distants d’environ 170 kilomètres, incarnent deux visions concurrentes de la connectivité régionale, la première soutenue par l’Inde, la seconde par la Chine dans le cadre du corridor économique sino-pakistanais. Dans le même temps, la relation triangulaire entre Islamabad, Pékin et Téhéran s’affine à mesure que la Chine étend son influence diplomatique dans le Golfe, comme l’a illustré la médiation entre Riyad et Téhéran en 2023.

Un signal politique adressé à la région

La séquence intervient alors que le Moyen-Orient traverse une phase de recomposition accélérée. La guerre à Gaza, les tensions résiduelles entre Israël et l’Iran, la reconfiguration des alliances dans le Golfe et l’attentisme américain forment un décor mouvant. Pour Islamabad, entretenir une relation opérationnelle avec Téhéran, tout en préservant ses liens avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, relève d’un exercice d’équilibre délicat. La diplomatie de l’uniforme, moins exposée que les canaux ministériels, offre un espace de discussion adapté à cette exigence.

Reste à mesurer les livrables concrets d’une telle visite. Les précédentes rencontres au niveau des états-majors avaient débouché sur des mécanismes de coordination frontalière et des patrouilles conjointes, sans transformer en profondeur l’architecture sécuritaire commune. Le déplacement annoncé par Esmaïl Baghaï pourrait toutefois amorcer une nouvelle phase, dans laquelle la coopération militaire deviendrait le socle d’un partenariat régional plus assumé. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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