La séquence électorale qui s’ouvre en Guinée-Bissau s’annonce sous haute tension. Les principaux partis d’opposition ont fait savoir qu’ils n’accompagneraient pas le référendum constitutionnel programmé pour le 30 août par le chef de l’État, Umaro Sissoco Embaló. Ce rejet, formulé publiquement à Bissau, vise autant le calendrier retenu que la méthode employée pour engager une refonte de la loi fondamentale du pays. La consultation devait initialement servir de socle à une architecture institutionnelle rénovée, articulée à des scrutins généraux repoussés à plusieurs reprises depuis la dissolution du Parlement.
Un référendum contesté dans sa légitimité
Pour les formations opposées au pouvoir, le processus référendaire souffre d’un vice originel. Elles reprochent au président Embaló d’avoir enclenché seul une révision de grande ampleur, sans consultation préalable des forces politiques ni des institutions parlementaires. L’Assemblée nationale populaire est privée d’activité depuis sa dissolution en décembre 2023, ce qui prive de facto les partis d’une chambre de discussion et de contre-proposition. Dans ce vide institutionnel, la convocation d’un référendum apparaît, aux yeux des contestataires, comme un instrument de consolidation du pouvoir exécutif plutôt qu’un exercice démocratique équilibré.
Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), historiquement dominant à Bissau, figure parmi les principales forces à avoir signifié son refus. D’autres formations de la plateforme d’opposition ont emboîté le pas, considérant qu’une participation reviendrait à cautionner un calendrier verrouillé. Le mot d’ordre est clair : pas de vote tant que les conditions politiques et juridiques ne seront pas rediscutées. Cette ligne dure enferme le scrutin dans une équation délicate, celle d’une consultation dont la représentativité risque d’être fortement amoindrie.
Une crise institutionnelle qui s’enlise
Le contexte politique bissau-guinéen se caractérise par une série de blocages accumulés depuis la fin 2023. La dissolution du Parlement, décidée après une tentative présumée de coup de force à Bissau, a ouvert une phase de gouvernement par décret qui interroge une partie de la communauté juridique locale. Les élections législatives anticipées, plusieurs fois annoncées puis reportées, n’ont toujours pas été organisées. Ce report continu nourrit un climat de suspicion à l’égard de l’exécutif, accusé par ses détracteurs d’instrumentaliser le calendrier électoral au bénéfice de son maintien au pouvoir.
Le référendum du 30 août intervient dans ce paysage abîmé. Il porterait, selon les informations disponibles, sur une modification structurelle des équilibres entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ainsi que sur l’organisation territoriale. Les opposants y voient une tentative de renforcer les prérogatives présidentielles au détriment du Parlement. Faute de débat contradictoire dans une enceinte élue, la discussion sur le fond du texte s’est déportée dans les médias et lors de rassemblements partisans, sans cadre institutionnel de résolution.
Une inquiétude régionale pour la stabilité ouest-africaine
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) observe avec attention la situation à Bissau. L’organisation régionale, déjà fragilisée par les retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ne peut se permettre une nouvelle zone de turbulence sur sa façade atlantique. La Guinée-Bissau, État de moins de deux millions d’habitants, joue un rôle discret mais réel dans les circuits économiques sous-régionaux, notamment via la filière anacarde et sa position sur les routes de trafics transatlantiques que Bissau tente, avec un succès mitigé, de démanteler.
La perspective d’un scrutin boudé par les grandes forces politiques pose une question de fond : celle de la reconnaissance internationale du résultat. Un référendum acquis avec une participation faible et sans opposition structurée offrirait au président Embaló une victoire fragile, contestable sur le plan de la légitimité. À l’inverse, un report ou un aménagement du calendrier suppose une ouverture du dialogue que l’exécutif n’a, à ce stade, pas signalée. Les prochaines semaines devraient donc être décisives pour arbitrer entre passage en force et recherche d’un compromis institutionnel.
Reste que la trajectoire actuelle laisse peu de place aux scénarios apaisés. Les partenaires régionaux et bilatéraux du pays, à commencer par le Sénégal voisin et le Portugal, ancien pouvoir colonial, suivent avec vigilance l’évolution d’un dossier qui pourrait redessiner durablement le paysage politique de Bissau. Selon Seneweb.
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