Cameroun : les prix sortie-usine progressent de 1,4 % au T1 2026

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

Les prix sortie-usine au Cameroun ont accéléré de 1,4 % entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, selon la note publiée le 7 août par l’Institut national de la statistique (INS). Il s’agit de la deuxième progression trimestrielle d’affilée, après une hausse de 1,1 % sur les trois derniers mois de 2025. En glissement annuel, l’augmentation demeure toutefois contenue à 0,8 %, ce qui témoigne d’un mouvement récent plutôt que d’une dynamique inflationniste de fond dans l’appareil productif national.

L’Indice des prix à la production industrielle (IPPI) mesure les tarifs départ usine des biens manufacturés localement, hors taxes, subventions et coûts de transport. Une variation à la hausse ne signifie donc pas un accroissement des volumes fabriqués. Elle renseigne uniquement sur les conditions tarifaires pratiquées par les industriels camerounais lorsqu’ils cèdent leur production. L’indicateur constitue à ce titre un signal avancé sur les tensions de coûts et sur la valorisation des matières premières produites dans le pays.

Le rebond pétrolier, principal moteur de la hausse des prix industriels au Cameroun

Le mouvement trimestriel repose massivement sur les industries extractives, dont les prix ont bondi de 5 %. Dans le périmètre suivi par l’INS, cette composante recouvre l’extraction d’hydrocarbures, activité stratégique pour les recettes publiques camerounaises. L’institut qualifie ce segment de principal vecteur de la hausse enregistrée sur la période, en pointant la fermeté des cours mondiaux et les perturbations liées au conflit ouvert entre l’Iran, les États-Unis et Israël.

Les frappes conjointes américano-israéliennes ont débuté le 28 février, soit à un mois de la clôture du trimestre. Le 12 mars, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) relevait que les flux transitant par le détroit d’Ormuz, proches de 20 millions de barils par jour avant les hostilités, avaient été réduits à un niveau résiduel. Le Brent avait alors flirté avec 120 dollars, avant de refluer autour de 92 dollars. L’effet sur l’IPPI camerounais s’est donc concentré sur le mois de mars.

Reste que ce rebond ne compense pas la trajectoire baissière observée sur douze mois. Comparés au premier trimestre 2025, les prix à la production des industries extractives affichent encore un recul de 6,6 %. Autrement dit, la valorisation du brut camerounais retrouve un peu d’oxygène, sans revenir aux niveaux antérieurs. Cette fragilité pèse sur les perspectives budgétaires d’un État dont les hydrocarbures alimentent une part sensible des recettes d’exportation.

Agroalimentaire sous pression, métallurgie en repli

Dans les industries manufacturières, la progression est plus mesurée : 0,5 % sur le trimestre et 3,1 % sur un an. La fabrication de meubles et les autres industries manufacturières mènent la danse trimestrielle, avec une hausse de 1,7 %, devant l’agroalimentaire à 0,8 % et la fabrication de produits minéraux à 0,6 %. Sur douze mois, c’est cependant l’agroalimentaire qui concentre les tensions, avec un renchérissement de 5,5 % rapporté aux prix pratiqués un an plus tôt.

L’INS impute cette pression au coût des intrants agricoles, des emballages et de la logistique locale, autant de postes exposés aux aléas climatiques et à la dégradation des infrastructures routières. À l’inverse, les prix des produits minéraux reculent légèrement de 0,1 % sur un an, tandis que la métallurgie et les ouvrages en métaux plongent de 3,2 %. La production d’électricité et de gaz, comme les industries environnementales, affiche pour sa part une stabilité complète.

Un signal d’amont qui n’engage pas les prix en rayon

L’IPPI est bâti à partir d’un échantillon de 103 entreprises couvrant 328 couples produits-entreprises. Sélectionné selon la méthode dite de cut-off, il représente environ 80 % du chiffre d’affaires de chaque division industrielle suivie. Cette assise statistique confère à l’indicateur une bonne robustesse pour capter les tensions en amont des chaînes de production.

Pour autant, la transmission vers les prix payés en magasin ne relève d’aucun automatisme. Elle dépend des marges pratiquées par les distributeurs, du niveau des stocks, de la fiscalité indirecte, des coûts de transport et de l’intensité concurrentielle sur chaque marché. Les décideurs publics disposent ainsi d’un signal utile pour anticiper les arbitrages à venir, sans pouvoir en déduire mécaniquement la trajectoire de l’indice des prix à la consommation. Selon Investir au Cameroun.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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