Cameroun : les importations de poisson bondissent de 29 % en 2025

A variety of frozen fish on display in an outdoor market, showcasing seafood options.Photo : Sh-Andrei / Pexels

Les importations camerounaises de produits halieutiques ont franchi un nouveau seuil en 2025. Selon les données provisoires de l’Institut national de la statistique (INS), le pays a acheté à l’étranger 267 601 tonnes de poissons et crustacés, contre 207 408 tonnes un an plus tôt. La progression atteint 29 % en volume, et la facture correspondante grimpe de 37,8 %, à 231,3 milliards de FCFA. Le lait en poudre ou concentré suit une pente comparable en tonnage, avec 17 880 tonnes importées, en hausse de 8 %.

Cumulés, ces deux postes ont mobilisé 264,1 milliards de FCFA de devises en 2025, contre 201 milliards l’année précédente, soit un bond de 31,4 %. La dynamique heurte de plein fouet la promesse portée par le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah), déployé sur la période 2024-2026 pour renforcer l’offre nationale et alléger la dépendance extérieure.

Poisson congelé : le poste qui pèse le plus lourd

La quasi-totalité des volumes recensés par l’INS correspond à du poisson de mer congelé : 267 259 tonnes, pour une valeur de 230,9 milliards de FCFA. Le prix moyen à l’importation ressort à 864 FCFA le kilogramme, contre 809 FCFA en 2024, soit un renchérissement de 6,8 %. C’est la conjonction d’une hausse simultanée des quantités et de la valeur unitaire qui explique l’envolée plus rapide de la facture par rapport aux tonnages.

Le lait suit une logique opposée. Si les volumes achetés augmentent, la valeur moyenne à l’importation recule d’environ 8,5 %, à 1 832 FCFA le kilogramme. La facture globale du lait en poudre baisse ainsi de 1,2 %, à 32,8 milliards de FCFA, malgré la progression des tonnages. Cette dissymétrie interdit toute lecture uniforme des deux filières et impose de traiter séparément dynamiques quantitatives et effets prix.

Un objectif 2026 devenu hors d’atteinte

Le bilan 2025 présenté par le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia) évalue la production nationale à 183 286 tonnes de lait et 249 083 tonnes de poisson. Les hausses sont marginales : 1,5 % pour le lait, 1,2 % pour le poisson par rapport aux chiffres 2024 du même document. À ce rythme, l’écart avec les cibles officielles se creuse mécaniquement.

Les objectifs assignés à l’horizon 2026, fixés à 351 900 tonnes pour le lait et 602 500 tonnes pour le poisson, apparaissent désormais très éloignés. La production 2025 ne représente que 52,1 % de la cible laitière et 41,3 % de la cible halieutique. Combler ces manques en une seule année supposerait des bonds de production de 92 % et 142 %, un rattrapage difficilement compatible avec les tendances observées. Le retard tient à un faisceau de contraintes : coût des aliments pour bétail, accès aux alevins et aux géniteurs, financement des exploitations, chaîne du froid, logistique et cadence effective des projets financés.

Exécution physique : le maillon faible du Piisah

Le décalage entre les circuits budgétaires et les réalisations de terrain constitue la principale zone d’ombre. En 2025, le Piisah aurait affiché un taux d’ordonnancement de 87 %, mais un taux d’exécution physique limité à 30,18 % selon le Minepia. La composante laitière fait un peu mieux, à 40,56 %. Ces indicateurs doivent être maniés avec précaution, l’ordonnancement n’étant qu’une étape administrative de la dépense, distincte tant du décaissement effectif que de la matérialisation du projet.

Pour 2026, l’enveloppe budgétée s’élève à 12,5 milliards de FCFA, ordonnancée à 76,93 %, mais l’exécution physique demeurait nulle à la date de présentation du bilan pour les six organismes concernés : Sodepa, Lanavet, CDEN, CDENO, Midepecam et CDPM. Face à ce blocage, le Minepia et la Banque camerounaise des PME ont annoncé en août 2026 une rallonge de 6,5 milliards de FCFA au bénéfice des filières bovine, laitière et halieutique. Son impact dépendra de la vitesse des décaissements et de la sélection des porteurs de projets.

Les données du premier trimestre 2026 introduisent une nuance. La facture des importations de poissons et crustacés a reculé de 35,5 % sur un an, à 26,8 milliards de FCFA, d’après le rapport de conjoncture du Comité national économique et financier (CNEF). Un tel décrochage, mesuré sur trois mois et en valeur uniquement, ne suffit pas à valider une inflexion structurelle. La réussite de l’import-substitution devra se lire simultanément dans la montée de l’offre locale, la baisse durable des tonnages importés et la conversion effective des budgets en capacités productives. Selon Investir au Cameroun, l’exécution physique des projets reste, à ce stade, le principal point de vigilance.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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