Trump lie l’accord nucléaire saoudien à une normalisation avec Israël

Skyline of Riyadh, Saudi Arabia featuring modern skyscrapers and construction cranes at sunset.Photo : Tayssir Kadamany / Pexels

Donald Trump a officiellement soumis au Congrès américain le texte de l’accord de coopération nucléaire civile négocié avec l’Arabie saoudite, en assortissant sa mise en œuvre d’une condition politique majeure : la normalisation des relations diplomatiques entre Riyad et Israël. La démarche, révélée par la presse arabe, réactive un dossier stratégique resté en suspens depuis l’attaque du 7 octobre 2023 et l’offensive israélienne à Gaza. Elle confirme la volonté de la Maison-Blanche d’utiliser le levier énergétique et technologique pour arracher un basculement diplomatique dans le Golfe.

Un accord nucléaire civil transformé en instrument diplomatique

Le texte transmis au Congrès prévoit un transfert encadré de technologies nucléaires civiles vers le royaume, avec la perspective de la construction de centrales et, à terme, d’un accès à des capacités d’enrichissement de l’uranium sur le sol saoudien. Ce dernier point cristallise les crispations depuis plusieurs années, Washington ayant longtemps exigé que Riyad renonce à tout enrichissement domestique, conformément à la doctrine dite du « standard d’or » de non-prolifération. L’administration Trump semble prête à assouplir cette exigence, à condition d’obtenir en contrepartie une avancée diplomatique spectaculaire au profit d’Israël.

Concrètement, la mise en application du volet nucléaire resterait suspendue à la signature d’un accord de reconnaissance mutuelle entre l’Arabie saoudite et l’État hébreu. Cette architecture reprend, sous une forme durcie, la logique des accords d’Abraham conclus en 2020 avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Elle en élargit toutefois le périmètre en y adossant un dossier de sécurité stratégique d’une tout autre ampleur.

Mohammed ben Salmane face à une équation politique délicate

Pour le prince héritier saoudien, l’arbitrage est complexe. Riyad avait entamé, avant octobre 2023, des discussions avancées avec l’administration Biden sur un paquet incluant garanties de sécurité, coopération nucléaire et normalisation avec Israël. La guerre de Gaza et le nombre de victimes palestiniennes ont gelé ces négociations et rendu politiquement toxique toute reconnaissance publique de l’État hébreu, tant que la question palestinienne n’aura pas connu d’avancée tangible.

Mohammed ben Salmane a répété ces derniers mois qu’aucune normalisation ne serait signée sans un horizon crédible menant à la création d’un État palestinien. Cette ligne officielle, réaffirmée dans plusieurs enceintes internationales, complique la marge de manœuvre du royaume face à la pression américaine. Elle traduit aussi la sensibilité de l’opinion publique arabe, qui reste massivement mobilisée sur le sort de Gaza et de la Cisjordanie.

Reste que Riyad conserve un intérêt stratégique de premier plan à obtenir la coopération nucléaire américaine. Le royaume ambitionne de diversifier son mix énergétique dans le cadre de la Vision 2030, de réduire sa dépendance aux hydrocarbures pour la consommation domestique et de sécuriser une équation stratégique face à un Iran doté d’un programme nucléaire avancé. L’accès à la technologie nucléaire civile américaine, adossée à des garanties de sécurité, constituerait un tournant majeur pour l’architecture de défense du Golfe.

Le Congrès américain, arbitre incontournable

La transmission du texte au Congrès n’ouvre pas une simple formalité. Les élus américains disposent d’un droit d’examen approfondi sur ce type d’accord, en vertu de la section 123 du Atomic Energy Act de 1954. Plusieurs parlementaires démocrates, mais aussi des républicains, ont déjà exprimé leurs réserves face à un éventuel transfert de capacités d’enrichissement à Riyad, invoquant les risques de prolifération régionale et le précédent créé pour d’autres États du Moyen-Orient.

La conditionnalité israélienne pourrait toutefois faciliter le ralliement d’une partie du Congrès, en particulier des élus attachés à la sécurité d’Israël et à l’élargissement des accords d’Abraham. Elle ouvre en parallèle un espace de négociation avec Tel-Aviv, dont le gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou devra clarifier sa position sur les concessions politiques attendues, notamment sur la trajectoire palestinienne. Le calendrier reste incertain, mais l’initiative de la Maison-Blanche remet le triangle Washington-Riyad-Tel-Aviv au cœur de la recomposition régionale post-Gaza.

Selon Al Akhbar, le texte transmis au Congrès confirme explicitement le lien entre volet nucléaire et normalisation avec Israël.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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