Niger : la junte déjoue une mutinerie avec l’appui de Moscou

Capture of Sudano-Sahelian architectural style in Niamey, showcasing traditional mud-brick design.Photo : LekePOV / Pexels

La junte nigérienne dirigée par le général Abdourahamane Tiani a annoncé avoir déjoué une tentative de mutinerie visant à renverser le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Selon les informations diffusées, cette opération de neutralisation a été menée avec le soutien direct d’éléments russes déployés à Niamey, illustrant la mutation accélérée des partenariats sécuritaires du Niger depuis la rupture avec Paris et Washington. Le pouvoir militaire présente cet épisode comme la preuve de la solidité de son dispositif de renseignement intérieur.

Un partenariat russe désormais central pour la sécurité du régime

Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, la junte a méthodiquement redessiné la carte de ses alliances. Le retrait des forces françaises fin 2023, suivi par celui du contingent américain en 2024, a laissé un vide opérationnel que Moscou s’est empressée de combler. Des instructeurs russes, présentés comme des membres de l’Africa Corps, structure qui a succédé au groupe Wagner sous tutelle du ministère russe de la Défense, sont présents à Niamey depuis le printemps 2024. Leur mission couvre officiellement la formation, la fourniture d’équipements et la protection rapprochée des dirigeants du CNSP.

La neutralisation de la mutinerie confirme que ce partenariat dépasse le simple appui technique. Il englobe désormais la protection politique du régime lui-même, un glissement observé dans les autres capitales sahéliennes de l’Alliance des États du Sahel (AES). Bamako et Ouagadougou ont emprunté une trajectoire comparable, tissant avec la Russie un maillage sécuritaire qui remplace les dispositifs hérités de la coopération française. Ce modèle repose sur une contrepartie économique, notamment dans les secteurs miniers et énergétiques stratégiques.

Les fractures internes de l’appareil militaire nigérien

La tentative de mutinerie révèle des tensions persistantes au sein de la hiérarchie militaire nigérienne, plus d’un an après la prise du pouvoir. Plusieurs officiers, écartés ou marginalisés depuis la formation du CNSP, contestent la concentration des responsabilités autour du général Tiani et de son cercle rapproché. Les difficultés économiques consécutives aux sanctions imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), levées début 2024, ont laissé des séquelles budgétaires qui pèsent sur la solde des troupes et sur les moyens opérationnels engagés face aux groupes armés terroristes.

La menace jihadiste demeure la principale préoccupation sécuritaire. Dans la zone des trois frontières, l’État islamique au Sahel et le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin multiplient les attaques contre les positions militaires et les populations civiles. Les revers subis par l’armée nigérienne ces derniers mois nourrissent les critiques internes et fournissent un terreau aux dissidences. C’est précisément dans ce contexte que la neutralisation rapide d’une tentative de sédition prend une dimension politique majeure pour la légitimité du CNSP.

Une recomposition stratégique aux implications régionales

L’épisode nigérien s’inscrit dans une reconfiguration plus large du Sahel. La création de l’AES par le Mali, le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023, puis la sortie coordonnée de la CEDEAO annoncée en janvier 2024 et effective un an plus tard, ont accéléré le basculement géopolitique. Moscou consolide une présence continue de Bamako à Niamey, tandis que la Turquie, les Émirats arabes unis et l’Iran cherchent à s’insérer dans les interstices ouverts par le retrait occidental. Pour les capitales européennes, la perte d’influence se double d’un accès plus difficile aux ressources uranifères et pétrolières nigériennes.

Le sort de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), filiale du groupe français Orano, illustre cette bascule. Depuis le retrait du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren et la reprise en main progressive de la production, Niamey ambitionne de renationaliser une part croissante de la rente extractive. La sécurité intérieure du régime devient dès lors indissociable de la maîtrise de ces actifs stratégiques, ce qui explique l’intensité du soutien russe et la vigilance affichée face à toute tentative de déstabilisation. Selon Abidjan.net, la junte a présenté la neutralisation de la mutinerie comme un signal envoyé aux réseaux hostiles, intérieurs comme extérieurs.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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