Le Niger traverse une nouvelle séquence de turbulences politico-militaires. Les autorités de transition ont fait état d’une tentative de coup d’État dirigée contre le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État depuis le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023. L’annonce, distillée par des sources sécuritaires nigériennes, ravive les interrogations sur la solidité du régime issu du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et sur l’unité réelle de la hiérarchie militaire.
Une conspiration présumée au cœur de l’appareil sécuritaire
D’après les éléments rendus publics, plusieurs officiers auraient été impliqués dans un projet visant à renverser l’ordre établi à Niamey. Les contours exacts du dispositif restent flous, mais les autorités évoquent des arrestations et une enquête en cours. Cette séquence n’est pas la première du genre depuis la prise du pouvoir par les militaires : des rumeurs récurrentes de dissensions internes traversent la capitale nigérienne, alimentées par les recompositions au sein de la garde présidentielle et des unités d’élite.
La communication officielle demeure prudente. Les autorités n’ont pas encore livré la liste exhaustive des personnes interpellées, ni précisé le calendrier d’une éventuelle procédure judiciaire. Cette rétention d’information est habituelle dans les régimes de transition, où la maîtrise du récit sécuritaire constitue un enjeu politique majeur. Elle nourrit toutefois les spéculations sur l’ampleur réelle de la menace et sur les motivations des officiers mis en cause.
Un régime sous pression depuis juillet 2023
Le général Tiani, ancien chef de la garde présidentielle sous Mohamed Bazoum, a pris les rênes du pays en renversant le président démocratiquement élu. Depuis, Niamey a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, exigé le départ des forces françaises puis américaines, et resserré ses liens avec Moscou. Le régime a également scellé une alliance stratégique avec Bamako et Ouagadougou au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), officialisée en septembre 2023 puis érigée en confédération.
Sur le plan intérieur, la transition affiche une durée initiale de trois ans, actée par les assises nationales de février 2025. Ce calendrier, contesté par une partie de la classe politique civile, place le retour à l’ordre constitutionnel à un horizon lointain. Dans l’intervalle, les autorités doivent composer avec une pression jihadiste persistante dans les régions de Tillabéri et de Tahoua, une économie affaiblie par les sanctions passées de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et une opinion publique dont le soutien initial pourrait s’éroder.
Enjeux stratégiques pour l’AES et pour les partenaires régionaux
Toute déstabilisation à Niamey aurait des répercussions immédiates sur l’architecture sécuritaire sahélienne. La confédération de l’AES repose largement sur la cohérence politique entre les trois juntes de Niamey, Bamako et Ouagadougou. Un basculement au sommet nigérien fragiliserait ce triptyque, au moment où les trois capitales tentent de bâtir une force militaire conjointe et une monnaie commune, projets encore embryonnaires mais fortement médiatisés.
Pour les partenaires extérieurs, l’épisode réactive un dossier délicat. La Russie, dont les instructeurs militaires sont déployés au Niger, observe de près les évolutions internes. Les capitales occidentales, marginalisées depuis 2023, suivent également la situation, notamment sur le volet des ressources stratégiques, à commencer par l’uranium exploité à Arlit et Imouraren. Toute vacance politique prolongée pourrait rebattre les cartes sur ces dossiers.
Reste que la thèse d’une tentative de putsch demande à être étayée. L’histoire récente du Sahel montre que les régimes militaires n’hésitent pas à instrumentaliser les alertes sécuritaires pour resserrer les rangs, écarter des officiers jugés indociles et justifier le durcissement du contrôle politique. Dans l’attente d’éléments plus précis sur l’identité des personnes impliquées et sur la matérialité du complot, la prudence analytique s’impose. Selon Seneweb, l’enquête ouverte par les autorités nigériennes doit encore livrer ses conclusions.
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