AIBD : le syndicat redoute un plan social et exige l’harmonisation

Aerial view of Abeid Amani Karume International Airport in Zanzibar, showing parked airplanes and terminal.Photo : Keegan Checks / Pexels

Le climat social se tend à l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), principale porte d’entrée aérienne du Sénégal. Le Syndicat des travailleurs de la plateforme, situé à Diass à une quarantaine de kilomètres de Dakar, a publiquement fait part de ses craintes quant à l’éventualité d’un plan social visant une partie du personnel. Les représentants du personnel demandent en parallèle l’harmonisation des acquis sociaux entre les différentes structures qui gravitent autour de la gestion aéroportuaire, à l’heure où l’État engage une réorganisation de ses actifs dans le secteur.

Un climat social sous tension à l’aéroport de Diass

Les syndicalistes évoquent une inquiétude grandissante parmi les salariés de l’AIBD, confrontés à des rumeurs persistantes de départs contraints et à une visibilité limitée sur la trajectoire de leur employeur. Selon les représentants du personnel, la direction n’aurait pas apporté de garanties formelles écartant l’hypothèse d’un plan de départs. Cette absence de clarification alimente l’anxiété au sein des équipes techniques, commerciales et de sûreté, qui assurent le fonctionnement quotidien de l’infrastructure inaugurée en décembre 2017.

Les délégués syndicaux insistent sur le fait que la plateforme, présentée comme un actif stratégique de la souveraineté logistique sénégalaise, ne peut se permettre une déstabilisation de son capital humain. La montée en puissance du trafic passagers et fret depuis l’ouverture, ainsi que l’ambition affichée par les autorités de faire de Diass un hub régional en Afrique de l’Ouest, reposent selon eux sur la stabilité et la motivation des personnels formés depuis plusieurs années.

La question sensible de l’harmonisation des acquis

Au cœur de la contestation figure la demande d’harmonisation des acquis entre les différentes entités qui composent l’écosystème aéroportuaire. Le paysage sénégalais comprend en effet plusieurs sociétés distinctes intervenant sur la plateforme, avec des statuts, grilles salariales et avantages sociaux hétérogènes. Cette juxtaposition d’histoires sociales génère, selon les syndicats, un sentiment d’iniquité entre agents exerçant parfois des métiers similaires sur un même site.

Les représentants du personnel réclament un alignement par le haut des conditions de travail, afin d’éviter que des restructurations à venir ne se traduisent par un nivellement défavorable aux salariés. La question de l’harmonisation renvoie plus largement au processus de rationalisation engagé par l’État sénégalais autour de ses actifs aéroportuaires, avec l’objectif affiché d’améliorer la gouvernance et la rentabilité du secteur. Reste que ce type de réorganisation, dans un environnement social sensible, exige un dialogue nourri avec les partenaires sociaux pour éviter les blocages.

Un dossier stratégique pour Dakar

Au-delà du volet social, la situation à l’AIBD comporte une dimension économique et diplomatique de premier plan. L’aéroport constitue une vitrine du positionnement du Sénégal sur les routes aériennes intercontinentales, notamment vers l’Europe, l’Amérique du Nord et les capitales africaines. Toute perturbation opérationnelle liée à un conflit social pourrait affecter l’attractivité de la destination, à un moment où plusieurs compagnies étrangères ajustent leurs dessertes ouest-africaines.

Le gouvernement sénégalais, engagé depuis 2024 dans une politique de recentrage économique et de revue des contrats publics, se trouve ainsi placé devant une équation délicate. Il doit concilier l’impératif d’assainissement financier des sociétés publiques, la préservation de l’emploi qualifié et la continuité d’exploitation d’une infrastructure critique. Les syndicats de l’AIBD appellent à l’ouverture rapide de négociations formelles avec la tutelle et la direction, afin d’objectiver la situation financière de l’entreprise et de bâtir un cadre concerté pour toute évolution du périmètre d’activité.

Concrètement, les représentants du personnel demandent la tenue d’une table ronde associant l’ensemble des parties prenantes, préalablement à toute décision affectant les effectifs. Le dossier illustre, à sa mesure, les défis posés par la modernisation des grandes infrastructures africaines lorsqu’elle croise des attentes sociales fortes. Selon PressAfrik, le syndicat entend maintenir la pression jusqu’à l’obtention d’engagements clairs de la part des autorités.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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