Le corridor ferroviaire entre la République centrafricaine (RCA) et le port camerounais de Kribi franchit une nouvelle étape déclarative. Dans un communiqué diffusé le 4 septembre 2026, la société A&S Resources affirme avoir obtenu un engagement de financement de six milliards de dollars auprès de l’Export-Import Bank of India, plus connue sous le nom d’India Exim Bank. Converti au taux du jour, le montant atteint environ 3 386,3 milliards de FCFA et couvrirait l’intégralité d’une infrastructure longue de 1 350 kilomètres. L’opérateur ne détaille toutefois ni la ventilation des coûts, ni la longueur exacte du tronçon camerounais.
Un financement indien annoncé sans documentation contractuelle
La communication d’A&S Resources ne s’accompagne d’aucun document contractuel accessible. L’identité de l’emprunteur légal n’est pas précisée, pas plus que le taux d’intérêt, la maturité du prêt, le calendrier des décaissements ou la nature des garanties exigées par l’India Exim Bank. Aucune déclaration publique du prêteur ne vient corroborer l’annonce. Impossible, en l’état, de déterminer si Yaoundé ou Bangui devront apporter des garanties souveraines, cofinancer certaines composantes ou faciliter l’accès au foncier nécessaire au tracé.
Le silence entoure également le tracé camerounais. Les emprises foncières, les ouvrages d’art, le point exact de raccordement à la zone portuaire de Kribi ainsi que la part des 3 386,3 milliards de FCFA effectivement dépensée sur le territoire camerounais demeurent inconnus. Pour un chantier de cette ampleur, l’absence d’accord public engageant l’État interroge sur le degré réel de maturité du dossier.
Une capacité ferroviaire disproportionnée face au trafic actuel de Kribi
Techniquement, A&S Resources décrit une ligne à double voie dédiée au fret lourd, dont la capacité initiale atteindrait 250 000 tonnes par jour, extensible à 300 000 tonnes. Pour la construction, l’entreprise dit s’appuyer sur China Railway Sixth Group, filiale du géant chinois China Railway Group. Rapportée à l’année, cette capacité théorique représenterait 91,25 millions de tonnes en phase initiale, puis 109,5 millions après extension.
La comparaison avec la réalité portuaire donne le vertige. Selon les données publiées le 21 avril 2026 par l’autorité portuaire, l’ensemble du port de Kribi a traité 12,7 millions de tonnes de marchandises en 2025. Les volumes annoncés par A&S Resources représenteraient donc entre 7,2 et 8,6 fois l’activité actuelle du complexe. Aucun élément ne précise si le financement indien inclut les espaces de stockage, les portiques de manutention et les installations de chargement de minerai de fer nécessaires à l’absorption d’un tel flux, ni qui en assurerait la maîtrise d’ouvrage.
Une articulation floue avec le projet Édéa-Kribi-Lolabé-Campo
Le corridor centrafricain n’est pas la seule ambition ferroviaire dans la région. Le 4 juin 2026, l’État camerounais, Africa Global Logistics et Camalco, filiale locale de l’australien Canyon Resources, ont signé un mémorandum d’entente portant sur la ligne Édéa-Kribi-Lolabé-Campo, longue d’environ 185 kilomètres. Le document prévoit l’actualisation des études techniques, le montage financier, la construction et l’exploitation de cette infrastructure destinée notamment à évacuer la bauxite du gisement de Minim-Martap.
Rien n’indique aujourd’hui si la ligne d’A&S Resources emprunterait une portion de cette future voie, disposerait d’un tracé propre dans la zone portuaire ou mutualiserait certaines installations. La question est loin d’être triviale, puisque les deux infrastructures visent des flux minéraliers lourds vers le même exutoire maritime.
Un calendrier qui glisse, des estimations minières à consolider
Le calendrier opérationnel a déjà été révisé. Le 16 février 2026, A&S Resources annonçait le déploiement d’équipes sur le terrain avant fin mars. Le communiqué de septembre repousse cette mobilisation à la fin de l’année 2026, sans justification publique de ce glissement d’environ neuf mois. Les études topographiques et techniques ont, selon l’entreprise, débuté, mais aucune date n’est communiquée pour leur achèvement, l’obtention des autorisations, le démarrage des travaux ou la mise en service.
L’idée d’une liaison ferroviaire RCA-Kribi n’est pas neuve. Elle circule depuis 2011 au moins, et le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a posé le 1er novembre 2025, à Pani, la première pierre du siège de Trans African Railways System Ltd, la société porteuse. La cérémonie visait toutefois le siège social, non la voie ferrée. A&S Resources avance par ailleurs un potentiel supérieur à 20 milliards de tonnes de minerai de fer en RCA, valorisé à 2 500 milliards de dollars « in situ ». Le rapport ITIE 2023 de la RCA mentionne, pour sa part, plus de 500 millions de tonnes à Topa et 3,5 millions à Bogoin, chiffres qui ne recouvrent pas nécessairement les mêmes périmètres. Pour le Cameroun, l’équation économique reste suspendue au tracé retenu, aux infrastructures portuaires associées et aux engagements financiers de l’État. Selon Investir au Cameroun, aucun de ces paramètres n’est aujourd’hui public.
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