Le financement de la route Douala-Bafoussam par la Banque islamique de développement (BID) prend forme, sans lever toutes les incertitudes. Dans sa présentation aux investisseurs publiée en septembre 2026, l’institution basée à Djeddah confirme un engagement de 212,35 millions d’euros, l’équivalent de 139,3 milliards de FCFA, pour réhabiliter le corridor reliant la capitale économique camerounaise à la métropole des Grassfields. La maturité annoncée s’étend sur vingt ans, dont cinq années qualifiées de « période de gestation ». Le libellé exact de cette phase, sa portée dans le calendrier de remboursement et son articulation avec les décaissements ne sont pas précisés.
Un prêt de la BID aux paramètres encore opaques
La documentation rendue publique par la banque multilatérale laisse de larges pans du montage financier dans l’ombre. Aucune mention n’est faite du taux appliqué, de la marge éventuelle, des commissions de mobilisation ou d’engagement, du profil d’amortissement retenu ni du calendrier prévisionnel des tirages. Sans ces paramètres, chiffrer le coût total du crédit et son impact sur le service de la dette camerounaise relève de la conjecture. Cette opacité pèse d’autant plus que la contribution de la BID représente 92,35 % d’un projet évalué à 229,93 millions d’euros, soit près de 150,82 milliards de FCFA. L’État camerounais apportera les 17,58 millions d’euros restants, environ 11,53 milliards de FCFA. En mars 2025, le ministère des Travaux publics avait déjà présenté une clé de répartition arrondie à 92 % pour le bailleur et 8 % pour Yaoundé.
Le conseil d’administration de la BID a validé l’opération le 19 mai 2025, lors de sa 360e réunion tenue à Alger. Cette approbation ouvrait la voie à la contractualisation, sans rendre les ressources immédiatement mobilisables. Or, au 3 septembre 2026, l’accord de financement n’était toujours pas paraphé. Selon Défis Actuels, dont les informations sont attribuées au ministère des Travaux publics et ont été reprises par Actu Cameroun, le gouvernement attendait encore le décret habilitant le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à signer l’accord. Le département des Travaux publics aurait par ailleurs sollicité une prorogation d’un an du délai imparti pour finaliser la signature.
Une passation anticipée pour compenser les retards administratifs
Face à ce calendrier contrarié, les procédures de sélection ont pris les devants. Le 30 juillet 2025, la BID a autorisé la passation anticipée des marchés couvrant les entreprises de travaux, la mission de contrôle et le cabinet d’audit. Début septembre 2026, les rapports issus de ces consultations avaient été transmis à l’institution pour validation. Une incohérence subsiste toutefois sur la chronologie officielle : la présentation de septembre 2026 mentionne une approbation au 7 décembre 2025, quand le communiqué du conseil d’administration retient le 19 mai 2025. La banque n’explicite pas si la seconde date correspond à une étape intermédiaire de validation ou à une simple erreur. En l’état, seule la décision de mai 2025 fait foi.
218,9 kilomètres structurants pour l’économie camerounaise
Le chantier porte sur la réhabilitation de 218,9 km entre Douala et Bafoussam, un axe vital pour l’approvisionnement de l’Ouest et du Nord-Ouest camerounais. L’avis de préqualification publié le 18 novembre 2025 découpe le linéaire en trois lots : Bekoko-Penja sur 70 km, Penja-pont du Nkam sur 77,7 km et pont du Nkam-Bandjoun sur 71,2 km. À ce tronçon principal s’ajoutent 108 km de routes locales ou rurales selon la présentation de septembre 2026, contre 110 km de pistes en terre évoqués par le ministère des Travaux publics en mars 2025. L’écart de deux kilomètres n’est pas explicité.
Le programme intègre également la construction ou la rénovation d’écoles, de centres de santé, de marchés, d’équipements agricoles et d’installations d’adduction d’eau. Leur nombre, leur implantation et leur enveloppe budgétaire ne sont pas détaillés par la BID. Les délais d’exécution sont fixés à 48 mois pour les tronçons Bekoko-Penja et Penja-pont du Nkam, et à 42 mois pour le segment pont du Nkam-Bandjoun. Ces échéances ne se confondent pas avec la maturité de vingt ans du prêt et ne courront qu’à compter de la notification des ordres de service aux attributaires. Selon Investir au Cameroun.
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