Le Sénégal et ENI signent pour évaluer cinq blocs pétroliers offshore

Offshore oil platform in urban harbor, showcasing industrial scenery and oceanic platform structure.Photo : Paul Uchechukwu 🇳🇬 / Pexels

Le Sénégal poursuit la structuration de sa filière hydrocarbures. Dakar et le groupe italien ENI ont paraphé un protocole d’accord portant sur l’évaluation de cinq blocs offshore situés dans le bassin sédimentaire sénégalais. L’entente ouvre la voie à une phase d’études techniques préalables, susceptible de déboucher sur de nouvelles opérations d’exploration au large des côtes du pays. Elle traduit la volonté des autorités de diversifier les partenaires industriels engagés sur le domaine minier national, jusqu’ici dominé par le tandem BP-Kosmos Energy et par l’australien Woodside.

Un protocole pour cartographier cinq blocs offshore sénégalais

Le document signé encadre une phase d’évaluation géologique et géophysique portant sur cinq permis maritimes. Concrètement, ENI disposera d’une fenêtre pour analyser les données sismiques disponibles, apprécier le potentiel en hydrocarbures des blocs concernés et déterminer l’opportunité d’entrer formellement en phase d’exploration. Ce type d’accord préalable, courant dans l’industrie pétrolière, permet à un opérateur de mesurer le risque géologique avant tout engagement capitalistique significatif.

Le bassin sénégalais suscite un regain d’intérêt depuis les découvertes majeures de la dernière décennie, notamment le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, exploité conjointement avec la Mauritanie, et le champ pétrolier de Sangomar, entré en production en 2024. Ces succès ont replacé Dakar sur la carte mondiale des juniors et des majors à la recherche de nouvelles réserves en Afrique de l’Ouest. Reste que plusieurs blocs demeurent inexplorés ou insuffisamment caractérisés, offrant un terrain d’expansion aux acteurs souhaitant s’y positionner.

ENI accélère son redéploiement en Afrique de l’Ouest

Pour la compagnie italienne, l’arrivée sur les blocs sénégalais s’inscrit dans une stratégie africaine assumée. ENI a fait du continent l’un des piliers de son portefeuille amont, avec des positions structurantes en Libye, en Algérie, en Égypte, en Angola, au Congo, en Côte d’Ivoire et au Mozambique. Le groupe dirigé par Claudio Descalzi met en avant un modèle dit de « dual exploration », qui consiste à monétiser rapidement une partie des découvertes auprès de partenaires afin de financer la suite du programme.

Le Sénégal représente pour Rome un maillon manquant dans l’arc atlantique ouest-africain. À la Côte d’Ivoire, où ENI opère le champ géant Baleine, s’ajoute désormais la perspective d’une empreinte à Dakar. Cette continuité géographique répond à une logique industrielle : mutualiser des moyens logistiques, capitaliser sur une connaissance régionale des bassins et sécuriser des volumes exportables vers l’Europe, dans un contexte où l’Italie cherche à réduire sa dépendance au gaz russe depuis 2022.

Souveraineté énergétique et négociation contractuelle

Côté sénégalais, la signature intervient dans un climat politique où la question du contenu local et de la juste répartition de la rente occupe une place centrale. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko en 2024, les autorités ont annoncé une renégociation ou un audit des contrats hérités du régime précédent. Le discours officiel insiste sur la nécessité d’un partenariat équilibré, qui ne se limite pas à l’exportation brute des ressources.

Dans ce contexte, l’entrée d’un nouveau partenaire de premier rang comme ENI peut être lue comme un signal double. D’un côté, Dakar montre que le pays demeure attractif malgré les débats sur la révision du cadre contractuel. De l’autre, la diversification des opérateurs offre au régulateur davantage de marge de manœuvre face aux compagnies déjà installées. Petrosen, la société nationale des pétroles du Sénégal, devrait logiquement conserver une participation dans les blocs qui passeraient au stade d’exploration effective.

La suite dépendra des résultats techniques de l’évaluation. Si les blocs se révèlent prometteurs, ENI pourrait solliciter la conversion du protocole en contrat de recherche et de partage de production, avec à la clé des engagements de forage chiffrés en dizaines de millions de dollars. À défaut, l’accord restera une opération de reconnaissance, sans impact opérationnel immédiat sur la production nationale d’hydrocarbures. Selon Dakaractu, les cinq blocs concernés se trouvent en zone offshore et feront l’objet d’un travail conjoint entre les équipes d’ENI et les autorités sénégalaises.

Pour aller plus loin

Dash Energies lance sa première station-service à Douala · Barrage de Kikot : KHPC face à un écart de 748 milliards FCFA · Burkina Faso : 104 milliards de FCFA pour doper l’électrification

Actualité africaine

About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

Be the first to comment on "Le Sénégal et ENI signent pour évaluer cinq blocs pétroliers offshore"

Laisser un commentaire