Barrage de Kikot : KHPC face à un écart de 748 milliards FCFA

Aerial view of cascading water over a concrete dam showcasing turbulent flow and water management.Photo : Kris Møklebust / Pexels

Le barrage de Kikot-Mbebe, projet hydroélectrique de 500 MW porté par la coentreprise Kikot-Mbebe Hydro Power Company (KHPC), aborde une étape sensible. Détenue à parité par l’État camerounais et le groupe français EDF, la société de projet réunit ce 15 septembre 2026 à Yaoundé institutions financières et partenaires au développement pour présenter la structuration financière et amorcer la mobilisation des ressources. La rencontre relève de la consultation, pas d’un engagement ferme des prêteurs, et intervient dans un climat marqué par des zones d’ombre budgétaires que Yaoundé n’a pas encore levées.

Un écart de 748 milliards FCFA entre deux estimations officielles

Deux montants circulent pour le même aménagement, sans que leur périmètre respectif ait été explicité. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, présenté au Parlement le 3 juillet 2026 et publié trois jours plus tard par la Direction générale du Budget, chiffre à 872 milliards de FCFA le coût total du barrage et de ses lignes associées, dans le cadre d’un partenariat public-privé programmé entre 2028 et 2032. Ce chiffre s’écarte nettement de celui figurant dans une correspondance adressée au ministre de l’Eau et de l’Énergie par le président du conseil d’administration de KHPC, Ahmat Tom, à l’issue de la 14e session du conseil tenue à Paris en septembre 2025. Cette lettre évoquait une enveloppe de 1 620 milliards de FCFA, en hausse de 970 milliards, soit près de 150 %, par rapport aux quelque 650 milliards initialement annoncés.

L’écart entre les deux évaluations les plus récentes atteint 748 milliards de FCFA. Aucun document public ne permet d’établir si les 872 milliards remplacent l’estimation antérieure ou si les deux références renvoient à des périmètres techniques, à des prix de base ou à des schémas de financement distincts. Cette ambiguïté pèse directement sur la comparaison avec Nachtigal, la centrale de 420 MW mise en service par EDF et la Société financière internationale. Le coût annoncé en 2018 pour cet ouvrage, environ 787 milliards de FCFA, ressortait à 1,87 milliard par mégawatt. Rapporté à sa puissance installée, Kikot afficherait 1,74 milliard par MW dans l’hypothèse basse, mais 3,24 milliards par MW dans l’hypothèse haute, soit 73 % de plus que Nachtigal. La configuration technique diffère, puisque Kikot intègre un barrage de retenue et une ligne 400 kV de 40 km quand Nachtigal fonctionne au fil de l’eau. La clarification du coût de référence n’en reste pas moins un préalable au bouclage financier.

Présélection engagée, attribution encore lointaine

KHPC met en avant des avancées procédurales tangibles : finalisation de l’avant-projet détaillé en 2025, obtention du certificat de conformité environnementale en 2026 et présélection des entreprises pour les lots de génie civil, d’électromécanique et de transport d’électricité. La sécurisation foncière progresse, tandis que les discussions sur le titre de concession n’ont pas abouti. Reste que la présélection ne vaut pas attribution. Dans son avis du 19 novembre 2025, la société précisait que les candidats retenus ne remettraient leurs offres qu’après diffusion des dossiers d’appel d’offres, et situait la clôture financière au plus tôt au second semestre 2027.

Le calendrier a déjà glissé. À la création de KHPC en septembre 2023, EDF évoquait un démarrage des travaux en 2025 pour une mise en service en 2030. Le cadre budgétaire actualisé programme désormais le chantier entre 2028 et 2032, soit un décalage de deux à trois ans.

Débit de crue, septième turbine et confiance des bailleurs

Aux incertitudes financières s’ajoutent des divergences techniques. La correspondance d’Ahmat Tom mentionne un désaccord entre EDF et ISL, conseil de l’État camerounais. ISL juge le débit de crue retenu sous-évalué et propose de porter la puissance de 500 à 583 MW par l’ajout d’une septième turbine dédiée aux pointes de consommation. EDF estime, à l’inverse, qu’une remise en discussion tardive de ces paramètres modifierait le dimensionnement de l’ouvrage et alourdirait coûts comme délais. Le PCA préconise la poursuite des échanges et, en cas d’impasse, le recours à un panel d’experts barragistes.

La confiance des futurs prêteurs dépendra enfin de la santé du secteur électrique camerounais. Le 29 juin 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze indiquait que les partenaires pressentis pour Kikot étaient largement les mêmes que ceux engagés dans Nachtigal, et qu’ils réclamaient des assurances sur le paiement de l’électricité produite. Il annonçait un audit du projet et faisait état de tensions entre le conseil d’administration et la direction générale de KHPC. Le communiqué de la réunion du 15 septembre ne précise ni le coût soumis aux bailleurs ni l’état d’avancement de cet audit. Selon Investir au Cameroun, KHPC devra encore arrêter la configuration technique, le tarif d’achat de l’électricité et la répartition des risques avant tout bouclage financier.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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