L’exécutif burkinabè franchit une nouvelle étape dans sa stratégie énergétique. Une enveloppe de 104 milliards de FCFA vient d’être fléchée vers l’accélération de l’électrification du pays, un chantier érigé au rang de priorité par les autorités de transition. Ce financement doit permettre d’étendre le maillage du réseau national, de raccorder de nouvelles localités et de résorber, au moins partiellement, le fossé qui sépare les zones urbaines des campagnes en matière d’accès à l’énergie.
Le Burkina Faso figure parmi les États sahéliens les plus contraints sur le plan énergétique. Enclavé, dépendant historiquement des importations d’électricité en provenance de la Côte d’Ivoire et du Ghana, le pays subit depuis plusieurs années des délestages récurrents qui pèsent sur son tissu productif. Le gouvernement de Ouagadougou multiplie donc les initiatives pour bâtir une capacité domestique plus robuste, articulée autour du solaire, du thermique et de l’extension du réseau de transport.
Une enveloppe destinée à combler le retard rural
La dotation de 104 milliards de FCFA s’inscrit dans un effort budgétaire soutenu pour rattraper un retard qui reste massif. Selon les indicateurs disponibles, le taux d’accès à l’électricité au Burkina Faso demeure sensiblement inférieur à la moyenne ouest-africaine, avec une fracture particulièrement marquée entre Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et les provinces rurales. Le fléchage annoncé cible précisément cet angle mort, avec une volonté affichée d’étendre le réseau vers des zones jusqu’ici mal desservies.
Concrètement, l’enveloppe doit alimenter des projets de raccordement, de renforcement des lignes de transport et, vraisemblablement, de déploiement de solutions décentralisées. Les mini-réseaux solaires et les kits photovoltaïques figurent parmi les leviers privilégiés par les bailleurs présents dans le pays, à l’image de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement ou encore de l’Agence française de développement. Cette approche hybride combine extension du réseau conventionnel et solutions hors-réseau, mieux adaptées à la géographie éclatée du territoire burkinabè.
Souveraineté énergétique et contexte sécuritaire
Le dossier énergétique dépasse la seule dimension technique. Depuis 2022, les autorités de transition inscrivent leur action dans une rhétorique de reconquête de la souveraineté nationale, qui touche autant la sécurité que l’économie. L’électrification, dans ce cadre, revêt une portée politique : elle conditionne la présence de l’État dans des zones fragilisées par la crise sécuritaire et alimente la crédibilité du discours de refondation porté par le pouvoir.
La détérioration du contexte sécuritaire complique néanmoins la mise en œuvre des chantiers. Le déploiement de lignes haute tension, l’implantation de centrales solaires ou l’acheminement d’équipements exposent les opérateurs à des risques opérationnels significatifs dans plusieurs régions. Cette contrainte pèse sur les coûts et sur les délais, et explique en partie pourquoi le gouvernement combine investissements publics massifs et appels aux partenaires techniques et financiers.
Un pari économique de long terme
Sur le plan industriel, l’enjeu est de taille. Sans énergie disponible, fiable et compétitive, les ambitions burkinabè de transformation locale, notamment dans les filières minières et agroalimentaires, resteront limitées. Le pays, principal producteur d’or de la région, cherche à capter davantage de valeur ajoutée sur son sol, ce qui suppose une base énergétique consolidée. La dotation annoncée doit ainsi être lue comme un investissement d’infrastructure à effet d’entraînement, dont les retombées se mesureront sur plusieurs exercices.
Reste la question de l’exécution. Les 104 milliards de FCFA mobilisés devront se traduire par des kilomètres de lignes posés, des mégawatts injectés et des ménages effectivement raccordés. Les précédents programmes d’électrification, dans la sous-région, ont souvent buté sur des difficultés de mise en œuvre, des retards de décaissement ou des surcoûts. Le suivi rigoureux de cette enveloppe constituera, pour Ouagadougou, un test de crédibilité vis-à-vis de ses partenaires et de ses citoyens.
Selon Financial Afrik, ce financement s’inscrit dans un plan plus large destiné à structurer durablement le secteur électrique burkinabè.
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