Sefeccam et LDCwood lancent le ThermoWood camerounais à Douala

Close-up of numbered wooden planks stacked in a warehouse, showcasing timber storage and organization.Photo : Nishant Aneja / Pexels

La filière bois camerounaise franchit une nouvelle étape industrielle. La Société d’exploitation forestière et commerciale du Cameroun (Sefeccam) accueillera sur son site de Douala trois fours destinés à la modification thermique du fraké, dans le cadre d’un partenariat scellé avec le producteur belge LDCwood, filiale du Lemahieu Group, et le négociant néerlandais RTT Houtimport. Les équipements seront fournis par le fabricant finlandais Jartek, référence mondiale des lignes de traitement thermique. L’annonce a été rendue publique le 17 septembre 2026 par la maison mère de LDCwood.

Le fraké, essence tropicale abondante dans les concessions camerounaises, sera scié puis traité sur place avant d’être écoulé sur les marchés internationaux sous une marque inédite, SanghaWood. LDCwood se chargera de la distribution auprès des importateurs, distributeurs et agents spécialisés. Les partenaires n’ont communiqué ni le montant de l’investissement, ni la capacité des fours, ni un calendrier de démarrage. Selon la publication professionnelle Houtwereld, le projet en reste au stade d’un accord de coopération.

Une modification thermique déplacée vers le pays producteur

L’intérêt stratégique du montage tient au transfert d’une étape industrielle du continent européen vers le bassin de production. Jusqu’à présent, LDCwood traitait notamment du fraké camerounais dans ses installations belges, où le groupe exploite six fours depuis son entrée dans le ThermoWood en 2016. La bascule vers Douala doit permettre de rapatrier la marge liée à cette transformation, plutôt que de continuer à expédier la matière brute vers l’Europe pour un retour ultérieur sous forme de produits finis.

Techniquement, la modification thermique soumet le bois à de très hautes températures en atmosphère de vapeur, sans recours à un traitement chimique. Le procédé stabilise le matériau, réduit sa reprise d’humidité et renforce sa résistance aux agents biologiques. Le manuel 2025 de l’International ThermoWood Association fixe pour le fraké classé Thermo-D une température de référence de 212 °C, avec une tolérance de -2 °C à +5 °C. À la sortie, le bois cible des usages à plus forte valeur comme les bardages, les terrasses, la menuiserie extérieure ou les aménagements intérieurs, très éloignés du simple sciage exporté en vrac.

Le Lemahieu Group présente la future unité de Douala comme la première installation africaine de ThermoWood. La nuance est de taille : ThermoWood est une marque déposée par l’International ThermoWood Association, dont l’usage reste réservé aux licenciés. D’autres procédés de modification thermique du bois existent déjà sur le continent, notamment en Afrique du Sud, sans relever de ce label.

Un signal pour la stratégie de transformation locale

Le projet s’inscrit dans la trajectoire volontariste de Yaoundé en matière de valorisation domestique du bois. Les statistiques de l’Institut national de la statistique, relayées en avril par Investir au Cameroun, indiquent qu’en 2025 les sciages ont dégagé 157,6 milliards de FCFA de recettes à l’exportation, tout en cédant du terrain en volume. Les envois de grumes ont eux aussi reculé, dans un contexte marqué par le durcissement fiscal et l’interdiction annoncée pour 2028 de l’exportation des billes brutes. Les produits à plus forte transformation, eux, demeurent minoritaires dans le mix.

Sefeccam n’est pas un acteur secondaire. L’entreprise revendique la gestion de 499 433 hectares de forêts et affiche des certifications couvrant la chaîne de contrôle PEFC. Elle opère déjà des activités de sciage, de séchage et de rabotage sur le territoire national. L’ajout d’un atelier de modification thermique complète cette intégration verticale et positionne le groupe sur un segment premium encore rare dans la sous-région.

Des retombées économiques à quantifier

Reste que l’impact réel du projet demeure difficile à évaluer en l’état. Aucun chiffre n’a été communiqué sur les volumes de fraké qui seront traités à Douala, sur l’enveloppe d’investissement mobilisée par les partenaires, ni sur les créations d’emplois attendues autour des trois fours Jartek. La commercialisation sous la marque SanghaWood suggère toutefois une ambition de différenciation sur les marchés européens du bois technique, où la traçabilité et la performance environnementale pèsent de plus en plus dans les décisions d’achat.

Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse le seul cas d’espèce. Chaque étape industrielle rapatriée sur le sol national conforte la stratégie de sortie du modèle grumier et prépare l’échéance de 2028. Selon Investir au Cameroun, l’accord entre Sefeccam et LDCwood constitue à ce jour l’illustration la plus avancée de cette montée en gamme sur le fraké.

Pour aller plus loin

L’Algérie lance un mégaprojet laitier au Sahara pour couper les importations · Softcare réalise 11,5 milliards de FCFA de ventes au Cameroun · Le Burkina Faso inaugure une usine textile militaire à Bobo-Dioulasso

Actualité africaine

About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

Be the first to comment on "Sefeccam et LDCwood lancent le ThermoWood camerounais à Douala"

Laisser un commentaire