La CEMAC lève près de 12 milliards USD sur les marchés à fin mars 2026

Detailed facade view of Bank Al-Maghrib showcasing Arabic architecture in Morocco's urban landscape.Photo : oussama laabidate / Pexels

À la clôture du premier trimestre 2026, les États de la CEMAC avaient déjà mobilisé un volume proche de 12 milliards de dollars sur les marchés financiers, régionaux comme internationaux. Ce chiffre, avancé par les données trimestrielles de suivi de la dette publique en zone d’Afrique centrale, confirme la trajectoire ascendante des levées souveraines observée depuis 2023. Il illustre aussi la dépendance croissante des Trésors nationaux à l’égard des marchés pour couvrir des besoins de financement que les recettes internes ne suffisent plus à absorber.

Une dynamique de levées soutenue en zone CEMAC

Les six économies membres — Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Centrafrique et Guinée équatoriale — recourent massivement au marché des titres publics animé par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Bons du Trésor assimilables (BTA) à court terme et obligations du Trésor assimilables (OTA) à moyen et long terme constituent l’ossature de ces émissions. Le Cameroun et le Gabon demeurent les principaux émetteurs, aussi bien en volume qu’en fréquence d’adjudication, tandis que le Congo et le Tchad se sont montrés plus actifs qu’à l’accoutumée sur le compartiment obligataire.

Cette accélération intervient dans un contexte où les besoins de refinancement pèsent lourdement. Une part significative des sommes mobilisées sert en effet à couvrir des échéances de dette antérieures, plutôt qu’à financer directement des investissements productifs. Le phénomène, connu sous le nom de service de la dette par nouvelle dette, tend à s’installer durablement dans plusieurs Trésors de la sous-région.

Les marchés régionaux, pivot du financement souverain

Le marché des titres publics de la BEAC est devenu, en quelques années, l’instrument central du financement des États d’Afrique centrale. Les banques commerciales de la zone, historiquement surliquides, y trouvent un placement rémunérateur et pondéré favorablement dans leurs ratios prudentiels. Les taux d’intérêt exigés se maintiennent néanmoins à des niveaux élevés, souvent au-dessus de 7 % sur les maturités longues, signe que le risque souverain régional reste scruté avec attention.

Par ailleurs, la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC), installée à Douala depuis la fusion de 2019, accueille désormais une part croissante des emprunts obligataires. Plusieurs émissions récentes ont été sursouscrites, témoignant d’un appétit qui ne se dément pas, y compris de la part d’investisseurs institutionnels basés hors de la zone. Reste que la profondeur du marché demeure limitée, et que la concentration des souscripteurs sur un petit nombre de banques régionales constitue un facteur de vulnérabilité.

Soutenabilité et pression sur les réserves de change

La question de la soutenabilité de cette trajectoire se pose avec acuité. Le Fonds monétaire international (FMI), engagé auprès de plusieurs États de la zone à travers des programmes en cours, a régulièrement rappelé la nécessité de contenir le stock de dette publique et d’améliorer la qualité de la dépense. Le service de la dette absorbe déjà une fraction importante des recettes budgétaires, réduisant d’autant les marges de manœuvre pour les dépenses sociales et d’infrastructure.

À cette contrainte s’ajoute l’enjeu du rapatriement des devises, au cœur du dispositif de la réglementation des changes CEMAC révisée depuis 2019. La BEAC continue de plaider pour un reflux plus rapide des recettes d’exportation, notamment pétrolières, vers les comptes domiciliés en zone. La reconstitution des réserves de change dépend étroitement de cette discipline, alors que les cours des hydrocarbures, pilier des économies gabonaise, congolaise, tchadienne et équato-guinéenne, restent volatils.

Pour les investisseurs et les partenaires techniques, le défi des prochains trimestres consistera à évaluer la capacité des Trésors à allonger les maturités, diversifier la base de créanciers et réorienter progressivement une partie des levées vers des projets à rendement économique tangible. Faute de quoi, le seuil symbolique des 12 milliards de dollars mobilisés en un trimestre pourrait devenir une norme structurelle, et non un pic conjoncturel. Selon Financial Afrik.

Pour aller plus loin

La BEAC rejoint le PAPSS pour fluidifier les paiements en zone CEMAC · Ecobank cote la première obligation Nature bancaire à Londres · Bridge Bank Group officialise son entrée à la BRVM à Abidjan

Actualité africaine

About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

Be the first to comment on "La CEMAC lève près de 12 milliards USD sur les marchés à fin mars 2026"

Laisser un commentaire