La BAD transfère 293 milliards de FCFA de risque camerounais à la BID et la BAsD

A sleek modern glass banking building in an urban city setting, showcasing reflective architecture.Photo : anurag upadhyay / Pexels

La Banque africaine de développement (BAD) a fait couvrir une portion de son exposition souveraine sur le Cameroun par deux institutions sœurs. Selon les états financiers intermédiaires arrêtés au 30 juin 2026 et déposés auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine, cette protection atteint 509 millions de dollars, soit près de 293 milliards de FCFA. Elle se répartit entre 275 millions confiés à la Banque interaméricaine de développement (BID) et 234 millions à la Banque asiatique de développement (BAsD). Le dispositif ne modifie pas la relation de prêteur qui lie Yaoundé au groupe panafricain.

Ces montants ne correspondent ni à un décaissement supplémentaire au profit de l’État camerounais, ni à une nouvelle ligne de financement. Il s’agit d’une garantie croisée : en cas d’incident de paiement sur certaines créances souveraines camerounaises, une part des pertes serait absorbée par la BID et la BAsD. La BAD demeure toutefois exposée pour la fraction non transférée et continue d’assurer le suivi opérationnel des concours accordés au Cameroun.

Un mécanisme de mutualisation entre banques multilatérales

Ces transferts s’inscrivent dans le cadre des Exposure Exchange Agreements (EEA), des accords de partage de risque souverain entre bailleurs multilatéraux. Le principe est simple : chaque institution conserve ses prêts à son bilan et reste l’interlocuteur direct de l’emprunteur, mais échange contre-valeur pour absorber une portion réciproque des expositions de ses partenaires. L’objectif est d’éviter une trop forte concentration géographique du risque et d’améliorer la solidité prudentielle des bilans.

La BAD recourt à ces conventions depuis 2015. En juillet 2023, elle a scellé avec la BAsD un accord d’un milliard de dollars valable jusqu’en 2038. Un second contrat de même envergure a été finalisé en octobre 2024. La couverture spécifiquement documentée sur le Cameroun n’est pas nouvelle : à fin juin 2025, les états financiers du groupe affichaient déjà 275 millions de dollars transférés à la BID et 234 millions à la BAsD, à l’euro près identiques aux chiffres publiés un an plus tard. La reconduction traduit la stabilité du dispositif dans la stratégie prudentielle du bailleur d’Abidjan.

Reste une zone d’ombre. Les documents financiers ne détaillent ni les projets, ni les prêts précis auxquels s’applique la protection. Ils se limitent à indiquer le volume global de risque cédé aux deux partenaires. Impossible, dès lors, d’établir si telle infrastructure de transport ou tel programme agricole camerounais bénéficie indirectement de cette architecture.

Un portefeuille camerounais en expansion de 13,8 %

Cette couverture intervient au moment où l’encours de la BAD au Cameroun continue de croître. Au 30 juin 2026, il totalisait 2,386 milliards d’unités de compte (UA), contre 2,097 milliards douze mois plus tôt. La progression atteint 13,8 %, tandis que le nombre d’opérations grimpe de 22 à 24. Au taux comptable retenu par l’institution à cette date, ce portefeuille pèse environ 1 863 milliards de FCFA, faisant du Cameroun l’un des grands bénéficiaires du guichet souverain en Afrique centrale.

La structure du portefeuille évolue elle aussi. Les prêts effectivement décaissés et restant à rembourser sont passés de 935,6 millions d’UA à 1,023 milliard d’UA entre juin 2025 et juin 2026, soit une hausse de 9,4 %. À l’inverse, les financements signés mais non encore versés reculent de 5,1 %, glissant de 1,162 milliard à 1,102 milliard d’UA. S’y ajoutent 260,4 millions d’UA de prêts approuvés mais non encore signés, en attente de finalisation contractuelle.

Une lecture prudente du risque pays

Aucune conclusion mécanique ne peut être tirée entre les 509 millions de dollars couverts et les 2,386 milliards d’UA de portefeuille total. Les deux ensembles ne recouvrent pas le même périmètre : le premier vise certaines expositions souveraines identifiées, le second embrasse l’intégralité des concours accordés à Yaoundé. Autrement dit, l’opération ne signale pas une inquiétude particulière sur la solvabilité camerounaise, mais relève d’une gestion classique de la diversification.

Pour la BAD, l’intérêt est double : alléger la part du risque camerounais qu’elle porte seule et préserver ses ratios prudentiels, sans réduire son engagement effectif auprès de l’État. Les comptes publiés ne permettent toutefois pas de mesurer combien de nouveaux financements cette respiration bilancielle a rendus possibles au profit du Cameroun. Selon Investir au Cameroun, la question demeure ouverte à la lecture des états financiers intermédiaires.

Pour aller plus loin

Cameroun : le TEG des PME recule à 11,43 % au 4e trimestre 2025 · UEMOA : les marchés financiers privilégient les États au privé · Mondial 2030 : Fitch valide la trajectoire budgétaire du Maroc

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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