Cameroun : le TEG des PME recule à 11,43 % au 4e trimestre 2025

High-angle view of motorcyclists riding near a modern building in Douala, Cameroon.Photo : Xavier Messina / Pexels

Le crédit bancaire aux PME au Cameroun continue d’afficher un coût sensiblement supérieur à celui consenti aux grandes entreprises. Selon les données publiées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le taux effectif global (TEG) moyen appliqué aux petites et moyennes structures s’est établi à 11,43 % au quatrième trimestre 2025, contre 6,72 % pour les grandes entreprises. Cet indicateur, qui agrège le taux d’intérêt nominal, les commissions et les frais annexes, offre une lecture consolidée du coût réel du financement bancaire.

L’écart entre les deux catégories s’établit à 4,71 points, en repli mesuré sur un an. Au quatrième trimestre 2024, la BEAC relevait un TEG de 12 % pour les PME et de 6,83 % pour les grandes entreprises, soit un différentiel de 5,17 points. La baisse a donc profité davantage aux petites structures, avec un recul de 0,57 point contre seulement 0,11 point pour les grands comptes.

Un coût plus élevé sur la trésorerie, une inversion sur le moyen terme

Le financement de la trésorerie reste le segment le plus défavorable aux PME camerounaises. Pour les crédits de trésorerie hors découverts et effets escomptés, leur TEG moyen atteignait 13,82 % sur la période étudiée, quand les grandes entreprises accédaient à ce même produit à 6,84 %. Les deux catégories ont bénéficié d’une détente par rapport à 2024, mais l’écart s’est légèrement creusé, passant de 6,81 à 6,98 points.

Le moyen terme dessine un tableau atypique. Le TEG appliqué aux PME s’y est fortement contracté, de 13,80 % fin 2024 à 11,15 % un an plus tard. Dans le même temps, celui des grandes entreprises a bondi de 8,28 % à 11,79 %. Résultat inhabituel : sur ce segment précis, les grandes structures ont acquitté en moyenne 0,64 point de plus que les PME. L’inversion demeure néanmoins circonscrite à cette maturité, tous prêts confondus laissant les PME dans une position durablement plus onéreuse.

Le poids des frais annexes dans le TEG des PME

La décomposition du coût révèle le poids des charges accessoires. Le taux nominal moyen s’élevait à 8,35 % pour les PME contre 5,32 % pour les grandes entreprises au quatrième trimestre 2025. Une fois ajoutés les commissions, frais de dossier et autres facturations, le TEG grimpe respectivement à 11,43 % et 6,72 %. Ces éléments périphériques représentent 26,89 % du TEG supporté par les PME, contre 20,77 % chez les grands comptes.

Ils n’expliquent toutefois qu’une partie de l’écart. Avant même la prise en compte de ces charges, le taux nominal appliqué aux petites structures dépassait déjà de 3,03 points celui accordé aux grandes entreprises. La prime de risque et l’asymétrie d’information continuent donc de peser lourdement sur le pricing bancaire réservé au tissu productif intermédiaire.

Une distribution du crédit très concentrée

Au-delà du coût, la répartition des volumes illustre la polarisation du marché. Les banques camerounaises ont accordé 1 236 milliards de FCFA de nouveaux crédits aux grandes entreprises au quatrième trimestre 2025, contre 376,1 milliards aux PME. Ces dernières ont ainsi capté 19,56 % des nouveaux concours bancaires distribués sur le trimestre, quand les grands comptes en concentraient 64,3 %, soit environ 3,3 fois plus.

Cette hiérarchie n’est pas synonyme de dynamisme pour les grandes structures. Les volumes qui leur ont été alloués ont même reculé de 5,32 % sur un an, tandis que les financements orientés vers les PME progressaient de 0,98 %. Les échéances courtes dominent par ailleurs largement l’ensemble de la production : les crédits à court terme, hors engagements par signature, représentaient 60,15 % des nouveaux concours, contre 8,76 % pour le moyen terme et 13,20 % pour le long terme. La BEAC ne ventile toutefois pas ces maturités par catégorie d’emprunteur.

La lecture demeure prudente compte tenu de la divergence apparente avec le Rapport sur la compétitivité de l’économie camerounaise en 2025. Ce document, adossé à des chiffres du Comité national économique et financier (CNEF), évoquait entre 2024 et 2025 une hausse de 1,88 point du coût des crédits à moyen terme des PME et parlait d’un resserrement des conditions d’accès au financement. La méthodologie annuelle du CNEF et l’approche trimestrielle de la BEAC n’étant pas comparables en l’état, l’écart pourrait tenir à la période retenue ou au traitement statistique. Selon Investir au Cameroun, une nouvelle série publiée par le CNEF le 17 septembre 2026 couvre désormais les troisième et quatrième trimestres 2025 ainsi que le premier trimestre 2026.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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