Le contentieux couve depuis la reprise, en 2023, des actifs d’Addax Petroleum par la Gabon Oil Company (GOC), bras armé de l’État gabonais dans les hydrocarbures. Un collectif d’anciens salariés de la filiale du chinois Sinopec affirme n’avoir toujours pas été réintégré aux effectifs de la compagnie nationale, malgré les engagements pris lors du transfert de propriété. Le dossier illustre la difficulté, pour Libreville, à convertir une opération de souveraineté en réussite sociale et industrielle.
Un passif social hérité de la nationalisation de 2023
La reprise d’Addax Petroleum s’inscrivait dans la volonté des autorités gabonaises de reprendre la main sur des permis pétroliers jugés stratégiques, après un long différend fiscal et opérationnel avec l’opérateur asiatique. La GOC, créée en 2011 pour porter les intérêts pétroliers de l’État, avait alors récupéré l’exploitation des champs concernés, avec la promesse implicite de préserver l’outil humain accumulé depuis des années sur ces gisements onshore et offshore.
Deux ans plus tard, une partie des ex-employés dit attendre toujours un contrat en bonne et due forme. Le collectif évoque des dossiers restés sans réponse, des convocations sans suite et un flou persistant sur les critères de sélection appliqués par la compagnie publique. Pour ces techniciens, ingénieurs et personnels de soutien, l’attente se double d’une précarité matérielle, alors que le tissu pétrolier gabonais offre peu d’alternatives équivalentes en dehors de Port-Gentil.
La GOC sous pression opérationnelle et politique
Depuis la transition politique ouverte en août 2023, les nouvelles autorités gabonaises ont fait de la montée en puissance de la compagnie nationale un marqueur de leur politique de souveraineté sur les ressources. La GOC est appelée à monter en compétence sur l’ensemble de la chaîne, de l’exploration à la commercialisation, dans un pays dont la production oscille autour de 200 000 barils par jour et qui reste largement dépendant de la rente pétrolière pour ses recettes budgétaires.
Dans ce contexte, la gestion du personnel repris constitue un test concret. Les compétences accumulées sur les champs anciennement opérés par Addax représentent un actif immatériel décisif pour éviter les pertes de production, les incidents techniques et la dépendance aux prestataires étrangers. Chaque mois passé sans clarification du sort des anciens salariés fragilise cette base et alimente la défiance vis-à-vis d’une compagnie encore en construction managériale.
Un signal scruté par les investisseurs et les partenaires
Au-delà du volet social, l’affaire est suivie de près par les partenaires internationaux du secteur, à commencer par les majors et les indépendants encore présents sur le bassin gabonais. La manière dont Libreville honore, ou non, les engagements pris lors de la reprise d’Addax donnera le ton pour les futures opérations de nationalisation partielle ou de rachat d’actifs, à l’heure où plusieurs compagnies revoient leur exposition à l’Afrique centrale.
La question du dialogue social interne à la GOC se pose également. Les représentants du collectif réclament la mise en place d’un cadre formel de discussion avec la direction générale et, à défaut, l’arbitrage du ministère du Pétrole. Sans réponse rapide, le risque d’une judiciarisation du dossier grandit, avec des recours devant les juridictions du travail qui pourraient exposer la compagnie publique à des condamnations pécuniaires et à un préjudice réputationnel.
Reste que la trajectoire de la GOC dépendra aussi de sa capacité à professionnaliser sa gestion des ressources humaines, alors même qu’elle absorbe de nouveaux périmètres opérationnels. Le traitement du dossier Addax pourrait, à ce titre, servir de matrice pour les futures opérations de reprise, dans un secteur où la légitimité sociale conditionne la performance industrielle. Selon Info 241, les anciens salariés concernés continuent de solliciter, sans succès à ce stade, une réponse officielle de la compagnie nationale.
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