Le Sénégal s’apprête à doter son secteur aval d’un second outil de raffinage. En marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, les autorités sénégalaises et le groupe Yamata ont signé un protocole pour la construction d’une nouvelle raffinerie pétrolière. L’accord matérialise une ambition portée depuis l’accession du pays au rang de producteur d’hydrocarbures, avec l’entrée en production du champ offshore de Sangomar en 2024. Dakar entend désormais capter davantage de valeur ajoutée sur sa propre chaîne pétrolière plutôt que d’exporter son brut pour le voir raffiné à l’étranger.
Une deuxième raffinerie pour rompre la dépendance aux importations
Le pays ne compte à ce jour qu’une seule unité de raffinage, la Société africaine de raffinage (SAR), implantée à Mbao, dans la banlieue dakaroise. Sa capacité, historiquement calibrée pour un marché intérieur modeste, peine à couvrir la demande nationale en produits finis, forçant le Sénégal à recourir massivement aux importations de gasoil, d’essence et de kérosène. L’arrivée d’un second complexe changerait sensiblement la donne en réduisant la facture en devises et en sécurisant l’approvisionnement domestique. Elle offrirait aussi un débouché structurel au brut sénégalais, dont une partie est aujourd’hui écoulée sur les marchés internationaux faute de capacités locales de transformation.
Le projet s’inscrit dans la stratégie du président Bassirou Diomaye Faye, qui a fait de la souveraineté économique et énergétique un axe central de son mandat. Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2024, le chef de l’État plaide pour une renégociation des équilibres contractuels dans le secteur extractif et une réappropriation nationale de la rente pétrolière et gazière. La signature avec Yamata s’inscrit dans cette logique : construire des infrastructures industrielles lourdes sur le sol sénégalais afin de créer des emplois qualifiés, structurer une filière pétrochimique et diminuer la vulnérabilité aux chocs de prix internationaux.
Yamata, un partenaire au service d’une ambition industrielle
Le groupe Yamata, partenaire retenu, apporte un savoir-faire attendu dans un secteur particulièrement capitalistique. La construction d’une raffinerie moderne mobilise généralement plusieurs milliards de dollars d’investissement, des délais de réalisation de quatre à six ans et une expertise pointue en ingénierie de procédés. Pour Dakar, l’enjeu consiste à obtenir un montage financier soutenable, un transfert de compétences vers les opérateurs sénégalais et une clause de contenu local ambitieuse. Les modalités précises du partenariat, notamment la capacité de traitement visée, la localisation exacte du futur site et le calendrier de mise en service, n’ont pas été détaillées à ce stade.
La démarche fait écho à des trajectoires observées ailleurs sur le continent. Le Nigeria a inauguré début 2024 la raffinerie de Dangote, d’une capacité de 650 000 barils par jour, dans le but explicite de mettre fin à des décennies d’exportation de brut suivies de réimportation de produits raffinés. La Côte d’Ivoire modernise sa Société ivoirienne de raffinage, tandis que l’Angola multiplie les projets pour compléter l’usine de Luanda. Le Sénégal, entré tardivement dans le club des producteurs, cherche à éviter les écueils rentiers et à bâtir une véritable industrie de transformation.
Un pari industriel aux implications régionales
Au-delà de la seule dimension nationale, la future raffinerie pourrait renforcer le positionnement du Sénégal comme hub énergétique régional en Afrique de l’Ouest. Le pays dispose déjà d’atouts logistiques significatifs, avec le port de Dakar et sa proximité géographique avec des marchés déficitaires en produits pétroliers, notamment au Mali, en Mauritanie ou en Guinée-Bissau. Une capacité de raffinage élargie ouvrirait la voie à des exportations de produits finis à valeur ajoutée dans la sous-région, moyennant des infrastructures de stockage et de distribution adaptées.
Reste que la trajectoire du projet dépendra étroitement de la capacité de Dakar à finaliser un cadre contractuel équilibré, à mobiliser les cofinancements nécessaires et à articuler la nouvelle raffinerie avec la production offshore existante et à venir. Les investisseurs scruteront également la stabilité fiscale et réglementaire promise par le nouveau pouvoir, dans un contexte où plusieurs contrats miniers et pétroliers font l’objet d’audits. Selon PressAfrik, l’accord a été formalisé en marge des travaux onusiens de New York.
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