L’État du Niger vient de boucler un financement structuré de 250 millions d’euros, co-arrangé par le cabinet NAB Consulting et Coris Bank Niger, filiale du groupe burkinabè Coris Bank International. Les fonds proviennent de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), institution multilatérale basée au Caire et devenue ces dernières années l’un des principaux pourvoyeurs de liquidités souveraines sur le continent. L’annonce intervient alors que Niamey cherche à diversifier ses sources de financement après la suspension de plusieurs guichets concessionnels consécutive aux tensions diplomatiques avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Un montage qui consacre le rôle des arrangeurs régionaux
La structure retenue confirme la montée en puissance des cabinets de conseil africains dans l’ingénierie de la dette souveraine. NAB Consulting, acteur spécialisé dans l’arrangement de financements complexes pour les États ouest-africains, intervient ici en chef de file aux côtés d’un partenaire bancaire de premier plan en zone UEMOA. Coris Bank Niger, implantée à Niamey, apporte sa connaissance fine du risque local et son accès direct à la trésorerie publique. Cette répartition des rôles permet de raccourcir les délais d’exécution et de calibrer un véhicule adapté aux contraintes du Trésor nigérien.
Le recours à un financement structuré, par opposition à une émission obligataire classique, traduit une volonté de sécuriser les flux par des garanties spécifiques. Ce type de montage repose généralement sur l’adossement à des recettes futures, qu’elles soient fiscales, douanières ou liées à des exportations stratégiques. Le Niger dispose à cet égard de plusieurs leviers, à commencer par les revenus tirés de l’uranium et, depuis le démarrage du pipeline reliant Agadem au port béninois de Sèmè, ceux du pétrole brut.
Afreximbank, partenaire de dernier ressort pour les souverainetés sous contrainte
L’engagement d’Afreximbank en faveur du Niger s’inscrit dans une stratégie plus large de l’institution panafricaine, qui a multiplié les interventions auprès d’États écartés des marchés internationaux. La banque dirigée par Benedict Oramah a fait du soutien aux économies fragilisées par les chocs géopolitiques l’un de ses axes prioritaires, à rebours de la prudence affichée par les bailleurs occidentaux. En 2024 déjà, plusieurs lignes de crédit avaient été déployées en direction d’États du Sahel placés sous régime militaire.
Pour Niamey, cette enveloppe de 250 millions d’euros représente une bouffée d’oxygène budgétaire significative. Le pays, dirigé par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) depuis le coup d’État de juillet 2023, doit composer avec un service de la dette tendu et des besoins criants en matière d’infrastructures, de défense et de fonctionnement courant. La levée de la suspension des sanctions de la CEDEAO en février 2024 n’a que partiellement débloqué les flux financiers, plusieurs partenaires techniques maintenant leurs programmes en suspens.
Un signal pour les marchés et les partenaires régionaux
Au-delà du montant, l’opération envoie un signal aux investisseurs sur la solvabilité perçue du Niger. Le fait qu’une institution du calibre d’Afreximbank accepte d’engager une telle somme atteste d’une lecture du risque-pays moins défavorable que celle des agences de notation occidentales. Pour Coris Bank, qui poursuit son expansion régionale après son implantation au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, cette transaction renforce son positionnement de banque de financement des États sahéliens.
Reste à connaître les conditions précises du prêt, en particulier le taux d’intérêt, la maturité et la nature exacte des sûretés consenties. Ces paramètres détermineront le coût réel pour le contribuable nigérien et la soutenabilité de la dette à moyen terme. Les financements structurés présentent l’avantage de la rapidité d’exécution, mais leur tarification reflète généralement une prime de risque supérieure à celle des concours concessionnels traditionnels du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale.
Dans le même temps, l’opération conforte l’hypothèse d’une recomposition durable des circuits de financement souverain en Afrique de l’Ouest, où les arrangeurs locaux et les institutions panafricaines comblent progressivement le vide laissé par certains bailleurs historiques. Selon Financial Afrik, la finalisation de ce tour de table marque une étape majeure dans la stratégie de mobilisation de ressources extérieures du gouvernement nigérien.
Pour aller plus loin
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