Le cacao revient au cœur de l’agenda diplomatique camerounais. Le porte-parole des pays producteurs au sein de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) est en visite de travail à Yaoundé, dans une séquence destinée à resserrer la concertation entre les principaux fournisseurs mondiaux de fèves. Le déplacement traduit la volonté du Cameroun, quatrième producteur africain, de jouer un rôle plus structurant dans une instance où s’arbitrent les grands équilibres entre offre, demande et fixation des prix.
Une visite sous le signe de la coordination entre producteurs
L’ICCO, basée à Abidjan depuis son transfert de Londres, regroupe à la fois les pays producteurs et les pays consommateurs. Le porte-parole du collège des producteurs y joue un rôle pivot : il porte la voix commune des États exportateurs lors des négociations sur les politiques de marché, la durabilité de la filière et la lutte contre la déforestation. Sa visite à Yaoundé s’inscrit dans une tournée de consultation qui vise à harmoniser les positions des capitales africaines avant les prochaines échéances de l’organisation.
Pour les autorités camerounaises, l’enjeu dépasse le protocole. Le pays a engagé depuis plusieurs années une stratégie de transformation locale, avec l’ambition de capter une part plus importante de la valeur ajoutée chocolatière, aujourd’hui concentrée chez les broyeurs et industriels du Nord. Le dialogue avec l’ICCO offre une caisse de résonance à ces priorités, qu’il s’agisse de prix planchers, de mécanismes de stabilisation ou de financements dédiés à la replantation.
Le Cameroun, acteur discret mais stratégique de la filière mondiale
Avec une production qui oscille autour de 290 000 à 300 000 tonnes par campagne, le Cameroun se classe derrière la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria, mais devant un grand nombre de producteurs historiques d’Amérique latine et d’Asie. La filière fait vivre plusieurs centaines de milliers de planteurs, principalement dans les régions du Centre, du Sud-Ouest et du Littoral. Elle pèse une part significative des recettes d’exportation hors hydrocarbures.
Reste que le secteur affronte des vents contraires. Le vieillissement des vergers, la pression de la maladie du swollen shoot observée chez les voisins ouest-africains, l’avancée du règlement européen sur la déforestation importée et la flambée des coûts d’intrants réduisent les marges des planteurs. À l’inverse, la hausse historique des cours du cacao enregistrée depuis 2023, avec des pics au-dessus de 10 000 dollars la tonne sur le marché de New York, redonne aux pays producteurs un levier de négociation inédit.
Souveraineté agricole et nouvelle gouvernance du marché
La séquence camerounaise de l’ICCO renvoie à un débat plus large sur la souveraineté des États africains dans les chaînes de valeur agricoles. Abidjan et Accra ont ouvert la voie en 2019 avec l’instauration du Différentiel de revenu décent (DRD), prime de 400 dollars par tonne destinée à mieux rémunérer les planteurs. Yaoundé observe ces dispositifs avec attention, sans les avoir adoptés à l’identique. La concertation interafricaine cherche désormais à dépasser le face-à-face traditionnel avec les grands négociants pour construire des outils communs : traçabilité numérique, certification, financement climatique.
La visite du porte-parole pourrait également préparer le terrain à une participation plus active du Cameroun aux conférences mondiales du cacao, dont la prochaine édition est attendue dans les prochains mois. La représentation diplomatique de la filière, longtemps déléguée aux poids lourds ouest-africains, tend à s’élargir. Les autorités camerounaises ont laissé entendre que des dossiers techniques, notamment l’industrialisation et l’accès au financement vert, figureraient parmi les sujets abordés avec l’émissaire de l’organisation.
Au-delà des entretiens officiels, cette mission illustre une tendance de fond : la volonté des producteurs africains, qui assurent près de 75 % de la récolte mondiale, de transformer leur poids quantitatif en influence normative. Pour le Cameroun, l’occasion est aussi de rappeler que sa filière, moins médiatisée que celles de ses voisins, demeure un actif stratégique dans la diplomatie économique régionale. Selon Abidjan.net, les échanges entre la délégation de l’ICCO et les responsables camerounais doivent se poursuivre dans les prochains jours.
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