Cheikh Diba alerte sur les risques des crypto-actifs au Sénégal

Scenic view of colorful colonial buildings and boats on Goree Island, Senegal.Photo : Emeka Mbaebie / Pexels

Les crypto-actifs s’imposent désormais dans le débat public sénégalais. Cheikh Diba, ministre des Finances et du Budget, a rappelé l’intérêt stratégique des innovations numériques pour l’économie nationale, tout en attirant l’attention sur les vulnérabilités qu’elles peuvent introduire dans le système financier. Sa prise de parole intervient à un moment où plusieurs États ouest-africains tentent de définir un cadre réglementaire pour les actifs virtuels, jusqu’ici largement laissés à la marge des dispositifs prudentiels.

Une reconnaissance assumée du potentiel des innovations numériques

Le ministre sénégalais a mis en avant la contribution possible des technologies financières à l’inclusion bancaire, à la modernisation des paiements et à l’attractivité des services. Le Sénégal, qui figure parmi les marchés les plus dynamiques de la zone UEMOA en matière de mobile money, voit dans la finance décentralisée un levier complémentaire pour atteindre des populations encore éloignées des circuits bancaires traditionnels. La diaspora, dont les transferts pèsent lourd dans la balance des paiements, constitue un autre cas d’usage régulièrement cité par les autorités.

Au-delà des transferts, les innovations liées à la blockchain ouvrent des perspectives en matière de traçabilité, de financement participatif et de tokenisation d’actifs. Les startups sénégalaises actives dans la fintech multiplient les expérimentations, sous l’œil attentif d’investisseurs régionaux et internationaux. Cheikh Diba reconnaît cette dynamique et la situe dans le prolongement des ambitions de souveraineté numérique portées par le gouvernement.

Les risques systémiques au cœur de la vigilance des autorités

Le revers de la médaille est tout aussi assumé. Le ministre a insisté sur les dangers que les crypto-actifs peuvent faire peser sur les épargnants, notamment en raison de la volatilité des cours, de l’opacité de certaines plateformes et de la prolifération d’arnaques pyramidales. Plusieurs affaires médiatisées ces dernières années en Afrique de l’Ouest ont laissé des milliers de souscripteurs ruinés, alimentant la méfiance des régulateurs.

La question du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme s’invite également dans l’équation. Le Groupe d’action financière (GAFI) place régulièrement les actifs virtuels parmi les vecteurs à risque, et les pays de la zone franc CFA doivent composer avec ces standards internationaux. Pour Dakar, l’enjeu consiste à éviter un classement défavorable qui pourrait peser sur l’accès aux financements extérieurs et sur la réputation de la place financière.

La stabilité monétaire constitue un autre point de tension. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a déjà rappelé que les crypto-actifs ne disposent d’aucun cours légal dans l’espace UEMOA. L’institution monétaire travaille parallèlement sur des projets de monnaie numérique de banque centrale, qui pourraient à terme offrir une alternative régulée aux instruments décentralisés.

Vers un cadre réglementaire sénégalais plus structuré

La sortie de Cheikh Diba s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’architecture réglementaire à mettre en place. Le Sénégal explore les modalités d’un encadrement qui permettrait de canaliser les innovations sans étouffer leur dynamique. Plusieurs pistes sont à l’étude, parmi lesquelles l’agrément des prestataires de services sur actifs numériques, l’instauration d’obligations de transparence et la définition d’un régime fiscal adapté.

L’expérience d’autres juridictions africaines nourrit cette réflexion. L’Afrique du Sud a mis en place un dispositif de licences pour les plateformes d’échange, tandis que le Nigeria a oscillé entre interdictions et tentatives d’ouverture contrôlée. Le Maroc, longtemps sur une ligne prohibitive, prépare également une législation spécifique. Dakar entend tirer les leçons de ces trajectoires pour bâtir un cadre cohérent avec les engagements pris au sein de l’UEMOA.

Reste que la concertation avec les acteurs privés et les partenaires régionaux conditionnera la crédibilité du futur dispositif. Les opérateurs locaux plaident pour une régulation lisible, capable de sécuriser leurs investissements sans les renvoyer vers des juridictions plus accommodantes. À court terme, la position exprimée par le ministre des Finances confirme une orientation prudente, attentive aux opportunités mais soucieuse de préserver la stabilité financière. Selon Seneweb.

Pour aller plus loin

Aide au développement : l’Afrique cherche à sortir de la dépendance · La BCEAO réunit à Dakar une conférence sur les crypto-actifs · Le Mobile Money domine les transferts de la diaspora en zone Cemac

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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