Le Mobile Money domine les transferts de la diaspora en zone Cemac

A close-up shot of a 10 euro banknote placed on a smartphone, highlighting currency and digital technology.Photo : Engin Akyurt / Pexels

Le Mobile Money s’impose comme le principal canal d’acheminement des transferts de la diaspora dans la zone Cemac. En 2024, plus de 1 354 milliards de FCFA ont atterri directement sur des comptes de paiement mobile détenus par des familles installées au Cameroun, au Gabon, au Congo, au Tchad, en Centrafrique et en Guinée équatoriale. Le canal mobile dépasse désormais les flux historiquement captés par Western Union, MoneyGram, RIA et leurs banques partenaires, longtemps maîtres du marché des envois de fonds vers l’Afrique centrale.

Le constat émane du rapport 2024 de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur l’évolution des services de paiement. Pour l’institut d’émission, le porte-monnaie électronique constitue aujourd’hui un trait d’union privilégié entre les expatriés et leurs proches, captant une fraction grandissante des transferts internationaux à destination de la sous-région.

Pourquoi le Mobile Money supplante les opérateurs historiques

Plusieurs ressorts expliquent ce basculement. La quasi-instantanéité des opérations, la compression des frais facturés aux émetteurs, la couverture du territoire via le simple téléphone mobile, y compris dans les zones rurales mal desservies par le réseau bancaire, et l’interopérabilité croissante entre opérateurs de transfert et établissements de paiement mobile forment un cocktail décisif. Cette convergence technique permet à un envoi initié depuis Paris, Bruxelles ou Montréal d’atterrir en quelques secondes sur un compte MTN MoMo ou Orange Money à Douala ou Libreville.

La concurrence avec les acteurs spécialisés s’en trouve transformée. Les agences de transfert d’argent, qui imposaient encore récemment leurs grilles tarifaires et leurs réseaux d’agences physiques, doivent composer avec un canal numérique dont la friction se rapproche de zéro. Les banques de la sous-région, longtemps positionnées comme partenaires de cash-out, voient également une partie de la valeur leur échapper au profit des établissements de paiement adossés aux opérateurs télécoms.

L’Union européenne, principal pourvoyeur de fonds

La géographie des envois confirme le poids de l’Europe. Les ressortissants de la Cemac résidant dans les pays de l’Union européenne ont expédié 804 milliards de FCFA vers les comptes mobiles de leurs proches en 2024, pour 4 275 opérations recensées par la BEAC. Ce montant représente près du triple des 275 milliards de FCFA acheminés, sur la même période et par le même canal, par la diaspora établie en Amérique du Nord.

Le podium est complété par les Camerounais, Gabonais ou Congolais installés dans d’autres pays africains, hors Afrique de l’Ouest, dont les envois Mobile Money ont atteint 172,3 milliards de FCFA. Suivent l’Europe hors Union européenne, avec un peu plus de 66 milliards de FCFA, les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à 21,8 milliards de FCFA, l’Océanie à 4 milliards et l’Amérique latine à 1,5 milliard. Cette cartographie traduit la profondeur des bassins migratoires européens et nord-américains, mais aussi l’émergence de corridors intra-africains désormais formalisés par le mobile.

Un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’écosystème

Pour la banque centrale, l’afflux de devises via les portefeuilles électroniques alimente directement la dynamique du Mobile Money en zone Cemac. La valeur cumulée des transactions enregistrées sur les plateformes de paiement mobile est passée de 28 911 milliards de FCFA en 2023 à plus de 34 788 milliards de FCFA en 2024, soit une progression de 20,33 % en glissement annuel. Le canal international agit ainsi comme un accélérateur, en injectant de la liquidité dans des comptes qui servent ensuite à régler des factures, des achats marchands ou des transferts de personne à personne.

Reste à observer comment les acteurs traditionnels réagiront. Plusieurs banques de la sous-région ont déjà noué des accords de distribution avec les opérateurs télécoms pour conserver une part du flux, tandis que les sociétés de transfert international misent sur l’intégration directe à leurs API. La bataille pour la captation des envois de la diaspora, estimés à plusieurs milliards d’euros chaque année pour l’Afrique centrale, se jouera désormais sur le terrain de l’expérience utilisateur et du tarif. Selon Investir au Cameroun.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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