N’Djamena relance les corridors de transit Cameroun-Tchad-RCA

Trucks carrying hay bales on a highway in the Dhofar desert, Oman.Photo : Irma Sjachlan / Pexels

Le Tchad accélère sur le dossier des corridors de transit régional reliant N’Djamena à Douala et à Bangui. Les autorités tchadiennes ont remis en chantier un programme de modernisation logistique destiné à fluidifier les échanges commerciaux entre le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine (RCA), trois pays liés par une dépendance forte au port autonome de Douala. L’enjeu dépasse la simple infrastructure routière : il touche à la compétitivité économique, à la sécurité alimentaire et à l’intégration sous-régionale de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Un axe vital pour deux économies enclavées

Pour le Tchad comme pour la Centrafrique, le corridor camerounais constitue le poumon logistique du pays. Près de 90 % des importations tchadiennes transitent historiquement par Douala, premier port en eau profonde de la sous-région. La route Douala-N’Djamena, longue d’environ 1 800 kilomètres, structure l’essentiel du commerce extérieur. Toute défaillance sur cet axe, qu’elle soit liée à l’état des chaussées, aux tracasseries routières ou aux aléas sécuritaires, se traduit immédiatement par une hausse des prix à la consommation dans la capitale tchadienne.

Le corridor Douala-Bangui souffre des mêmes vulnérabilités, aggravées par une décennie d’instabilité dans le nord-est centrafricain. Les opérateurs économiques chiffrent à plusieurs dizaines de jours les délais d’acheminement sur certaines portions, contre une dizaine en théorie. Cette lenteur grève la compétitivité des marchandises et décourage les investisseurs. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) ont, à plusieurs reprises, financé des tronçons stratégiques sans parvenir à régler l’ensemble du problème.

La diplomatie économique de N’Djamena

En relançant le chantier, les autorités tchadiennes affichent une volonté politique nouvelle. La démarche s’inscrit dans une diplomatie économique active, où Mahamat Idriss Déby Itno cherche à consolider la position régionale de son pays. N’Djamena entend peser davantage dans les négociations avec Yaoundé sur la fluidité du transit, la tarification portuaire et la sécurisation des convois. Plusieurs concertations bilatérales ont déjà été engagées pour harmoniser les procédures douanières, réduire les points de contrôle et accélérer le déploiement de systèmes électroniques de suivi des cargaisons.

La dimension centrafricaine n’est pas oubliée. Bangui, qui partage avec N’Djamena la dépendance au port de Douala, voit d’un bon œil une coordination renforcée entre les trois capitales. Les discussions trilatérales devraient permettre de mutualiser certains investissements et de présenter un front commun face aux partenaires techniques et financiers. Reste que la concrétisation des engagements politiques se heurte à des contraintes budgétaires considérables, dans un contexte où chacun des trois États fait face à des marges de manœuvre limitées.

Les obstacles à lever pour une intégration réelle

Au-delà des annonces, la modernisation des corridors suppose des réformes structurelles. Les tracasseries routières, dénoncées de longue date par les transporteurs, demeurent un fléau majeur sur les axes camerounais et tchadien. Les contrôles redondants, les prélèvements informels et les délais de passage aux postes-frontières renchérissent le coût du transport et alimentent la corruption. Le projet de poste-frontière juxtaposé entre Kousséri et N’Djamena, évoqué depuis plusieurs années, peine encore à devenir pleinement opérationnel.

La question sécuritaire pèse également. La région du Lac Tchad reste exposée à l’activité de groupes armés affiliés à Boko Haram, tandis que la circulation dans le nord centrafricain demeure soumise aux aléas des groupes armés non étatiques. Sans stabilisation durable, les promesses logistiques resteront fragiles. Par ailleurs, la concurrence du port nigérian de Port-Harcourt et, à plus long terme, du port en eau profonde de Kribi, pourrait redessiner la carte du transit régional. Yaoundé mise sur Kribi pour absorber une partie des flux centrafricains et tchadiens, ce qui ouvrirait de nouveaux corridors et imposerait une réflexion d’ensemble sur les chaînes d’approvisionnement.

L’initiative tchadienne s’annonce donc à la fois nécessaire et complexe. Sa réussite dépendra de la capacité des trois États à transformer les déclarations d’intention en projets bancables, soutenus par les bailleurs internationaux et accompagnés de réformes de gouvernance. Selon Journal du Cameroun, le chantier a été officiellement remis sur la table par les autorités tchadiennes ces derniers jours.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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