__P__Le 1er mai libanais a pris cette année des allures de bilan amer. La Fête du Travail, traditionnellement marquée par des cortèges et des prises de parole syndicales, s’est tenue dans un pays meurtri par les hostilités avec Israël, pressuré par une crise financière entamée en 2019 et confronté à une dépréciation de la livre qui a laminé le pouvoir d’achat. Les organisations professionnelles, divisées et affaiblies, ont peiné à mobiliser au-delà de leurs cercles militants, oscillant entre actions de rue symboliques et débats tenus en salle.__/P__
__H2__Une mobilisation fragmentée dans un pays en guerre__/H2__
__P__Les rassemblements organisés à Beyrouth et dans plusieurs régions ont rassemblé un public restreint, à la mesure d’un climat sécuritaire dégradé par la confrontation avec l’État hébreu et par les frappes répétées sur le Sud-Liban et la Békaa. Les centrales syndicales, à commencer par la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL), ont mis en avant les revendications historiques du mouvement ouvrier : revalorisation du salaire minimum, protection sociale, lutte contre la précarité contractuelle. Mais la guerre a déplacé le centre de gravité du discours, contraignant les organisateurs à articuler les exigences sociales avec la solidarité envers les déplacés et les familles de victimes.__/P__
__P__Plusieurs voix syndicales indépendantes, issues notamment des secteurs de l’enseignement et de la santé, ont reproché à la CGTL son alignement supposé sur les pouvoirs politiques traditionnels. Cette fracture, ancienne, s’est creusée depuis le soulèvement d’octobre 2019, quand une partie du mouvement social a cherché à reconstruire une représentation syndicale autonome, hors de la tutelle des partis confessionnels. Les collectifs nés de cette séquence peinent toutefois à transformer leur capital militant en force organisée.__/P__
__H2__De la rue à la salle : un militantisme qui se déplace__/H2__
__P__Le passage du pavé aux salles de conférence illustre une mutation plus profonde. Faute de pouvoir tenir un cortège massif, plusieurs syndicats et associations ont choisi le format du séminaire, du débat académique ou de la table ronde retransmise en ligne. Cette évolution traduit à la fois une contrainte sécuritaire et une difficulté structurelle à mobiliser des salariés épuisés par la pluri-activité et la chute des rémunérations réelles. Dans le secteur public, les fonctionnaires, dont les salaires ont été réduits à une fraction de leur valeur d’avant 2019, multiplient les grèves sectorielles sans parvenir à une convergence nationale.__/P__
__P__Les intervenants ont rappelé que le Code du travail libanais, adopté en 1946, demeure largement inadapté à la réalité contemporaine du marché de l’emploi. Le travail informel, qui concerne une part importante de la main-d’œuvre, échappe à toute protection. La situation des travailleurs migrants, en particulier des employées domestiques placées sous le régime controversé de la kafala, a de nouveau été dénoncée. Plusieurs ONG présentes ont insisté sur la nécessité d’une réforme législative, restée lettre morte malgré des promesses gouvernementales répétées.__/P__
__H2__Un horizon économique étroit pour les salariés libanais__/H2__
__P__Sur le plan macroéconomique, le tableau dressé lors des interventions est sombre. La contraction du produit intérieur brut depuis 2019 a fait basculer une part substantielle de la population sous le seuil de pauvreté, selon les estimations onusiennes citées de longue date par la Banque mondiale. La dollarisation rampante de l’économie a accentué les inégalités entre salariés payés en devises et ceux rémunérés en livres libanaises, creusant des écarts internes au sein des mêmes entreprises. Les destructions provoquées par la guerre, notamment dans le sud du pays et dans la banlieue méridionale de Beyrouth, ajoutent une facture de reconstruction estimée en milliards de dollars.__/P__
__P__Plusieurs économistes intervenus à l’occasion du 1er mai ont plaidé pour un accord rapide avec le Fonds monétaire international (FMI), assorti de garanties sociales empêchant que l’ajustement ne pèse exclusivement sur les ménages modestes. La question de la restructuration du secteur bancaire, qui détient encore les dépôts gelés de centaines de milliers d’épargnants, est revenue avec insistance. Pour les syndicalistes, ce dossier financier conditionne tout horizon de négociation salariale crédible.__/P__
__P__Reste une certitude partagée : sans relance de l’investissement productif et sans réforme du droit social, la Fête du Travail risque de demeurer, au Liban, une commémoration plus qu’une démonstration de force. Selon Al Akhbar.__/P__
Pour aller plus loin
Téhéran juge probable une reprise de la guerre avec Washington · Trump menace de frapper à nouveau l’Iran en cas d’écart · Joseph Aoun érige la protection des sanctuaires en ligne rouge

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